‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 112 sur 157 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

paniers; la jupe rouge rayée et la chemisette blanche brodée de bleu ajou tent à la ressemblance . Une diligence attelée de cinq mules nous croise sur la place même, où nos montures se reposent : les voyageurs semblent épuisés y poussiéreux; décidément, j'ai bien fait de choisir le cheval.

En sortant de Mixco, nous suivons pendant douze kilomètres les flancs escarpés de hautes montagnes, chemin taillé souvent dans le roc, et qui a dû coûter fort cher; on a tout le temps, à sa droite, un précipice qui va s'approfondissant à mesure que Ton s'élève ; le paysage est boisé et n'a rien de bien curieux.

Arrivés sur la crête, mon baromètre marque 2,300 mètres; sur Tautre versant nous avons devant nous une vallée étendue, arrêtée dans son extension par des chaînes de collines qui vont à Touest; le pays a Tair riche en céréales, en maïs, mais le sol est entrecoupé par de grands mouvements de terrain qui doivent rendre la culture difficile. La route décrit des crochets sans fin, jusqu'au petit village deSantaLucia, d'où commence une descente très longue jusqu'à Antigua, au travers de gorges sombres et d'escarpements boisés remarquables.

A huit heures du soir; nous faisons notre entrée dans Antigua, ville qui me parait complètement morte; aucun bruit, aucune lumière ; la lune brille, pas une âme dans les rues ; j'entrevois des maisons basses hermétiquement closes, et tous les cent mètres je vois se dresser d'énormes murailles, de majestueuses ruines d'églises, de palais, masses de pierre que lanuit agrandit et qui me frappent d'étonnement.

Mon mulet boite fort» et j'arrive tout juste à Thôtel Rojas ; j'entre» je descends de ma monture, je demande le propriétaire de Thôtel; le mozo me répond :

— Nojpuede, cantal (Il ne peut venir, il chante!)

J'entends en effet des chants qui me paraissent dé* testables ; je me dirige de ce côté et je trouve, dans un salon, une dizaine de personnes, que ma présence semble peu préoccuper, groupées autour d'un piano. J'appelle à haute voix le patron de Thôtel; il daigne venir, mais de mauvaise grâce, et il me conduit en grognant au fond d'nn corridor où il me montre une chambre quelconque avec le lit en sangle : a C'est tout ce que j'ai, et encore demain àsix heures vous serez obligé d'en prendre une autre où il n'y a pas de fenêtre, car celle-ci est promise n , me dit-il.

Je réponds à ce diletlante qu'il pouvait retourner à ses chères études, et que je l'engageais à travailler beaucoup pour arriver à un résultat satisfaisant.

Cela fait, je me dirigeai avec mes trois montures à THôtel Central, où l'hôtelier me reçut à merveille et me fit donner une chambre convenable au premier étage. Le lendemain matin, je vois venir mon guide tout navré; il m'avertit que mon mulet a dans le pied de devant un énorme clou de rue et qu'il ne peut le sortir! Vérification faite, mon mulet ne peut faire le trajet. Quel contre-temps ! Je m'informe, et on me dit que je ne trouverai pas un bon mulet ici pour faire la route et qu'il vaut mieux prendre une voiture. J'en cherche une, et moyennant 150 piastres je fais an marché avec un loueur qui me mènera à Quesalténango, m'y attendra trois jours et me ramènera à

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