‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 113 sur 157 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Guatemala. Je renvoie mes montures à la capitale; voilà un voyage qui me coûte déjà cher.

Antigua renferme environ 15»000 habitants; cette ville est le Versailles du Guatemala, sauf que les monuments qui attestaient son ancienne splendeur ne sont pas en aussi bon état que le palais du Roi des Rois.

De tous côtés, on voit de ces immenses constructions dont les murs épais sont encore debout ; sur les façades» des encadrements de fenêtres richement sculptées; sur les portes, des écussons artistement fouillés, un fragment de corniche, un chapiteau, une ogive finement découpée, portant les armes d'Espagne, prouvent la splendeur que les Espagnols avaient déployée pour imposer leur domination.

Dans la calle Real, traversant la rue, se voit encore un arc intact, ancien débris de quelqueopulentedemeure; plus loin est Técole centrale, qui fut le palais des Evêques, avec un patio où sous d'élégants portiques se distinguent encore, ciselées sur les murs, les armes des prélats qui ont administré cet important diocèse. Une fontaine avec sa large vasque de marbre s'élève au centre de cette cour, et des massifs de fleurs égayent Taspect un peu nu de ces murailles. Le gouvernement entretient le mieux possible les ruines qui en valent la peine et a pu en utiliser quelques-unes.

Le palais de la justice militaire, en façade sur la grande place, repose sur des piliers en granit qui forment un portique; au centre du monument est une vaste entrée au fond de laquelle je vois, à travers une grille à côté de laquelle montent la garde deux soldats armés jusqu'aux dents, une foule de prisonniers

qui fument, qui se promènent; de temps à autre une femme, une Indienne, s^approche à un mètre delà grille et vient causer avec un de ces malheureux ; sur la place s*agite une multitude de gens : c'est le marché; on y vent des tortillas, delà viande séchée, du poisson sec, des fromages, des laitages, des œufs, des fruits, des légumes, etc. Les vendeuses sont assises par terre, accroupies sur les talons ; la face est cuivrée, la lèvre épaisse, les cheveux abondants et noirs, mais moins bien soignés quW Mexique; comme type le naturel du pays ressemble à l'Indien du sud des États-Unis, le Peau-Rouge ; le vêtement des hommes est toujours le pantalon blanc et une espèce de veste grossière sur une chemise, et le chapeau de paille, non plus pointu, mais rond. La femme porte Tenroyado et la chemisette longue et brodée : cette partie du costume est très ample et bouffante, et laisse toute liberté aux bras.

L'homme est vigoureux et travaille mieux que dans le pays voisin; il gagne sa vie dans le transport des fardeaux, et dans la région on préfère employer le porteur et homme ^^ que le porteur u animal w .

On trouve à Antigua quelques magasins bien assortis; la vie y est tranquille comme dans une ville de province en France; le climat y est délicieux et parfaitement sain.

Des trois volcans qui percent la nue et qu'on voit de partout à Antigua, un seul, celui de Agua, est encore en ignition; il n'est plus cependant dans la période éruptive, et le seul danger que courent les habitants de Ciudad Vieja, petit village au pied même de la montagne, est d'être enseveli sous le sable, qu'au moment

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