CHAPITRE IX
de colliers, de bracelets, de perles qui viennent eu ligne droite d'Allemagne.
Un cours d*eau suit la route arpentée par de nombreux Indiens, porteurs de provisions et d'une foule de marchandises de toute sorte.
Quesaltnéango, où j'arrive à sept heures, est une ville qui surprend au premier abord, car elle est peutêtre plus européenne que Guatemala. Elle est située entre deux montagnes élevées, où Ton exploite des carrières de pierre, ce qui explique les constructions remarquables qui s'y rencontrent. Les maisons en pierre de taille à deux étages ne sont pas rares; il y a même une sorte de palais monumental occupé par des commerçants et dont la façade, ornée d'une haute et belle colonnade, fait bon effet. Il faut aussi admirer la maison où est la compagnie du chemin de fer occidental et deux ou trois hôtels particuliers élevés par des banques.
Le pavé y est bon, l'éclairage parfait, et il y a une certaine vie sociale : le malheur est que l'Allemand domine partout; on ne voit que des noms allemands sur les boutiques; tous sont d'origine germanique : tels Rosemberg, Zadyck, Stahl, Krodyck, Laisz, Vienmam, etc. 80 pour 100 des magasins sont entre leurs mains, et puis viennent, très riches, les Chinois, qui ont le monopole des vêtements de travail, dont ils fournissent toute la région et contre lesquels même les Allemands ont renoncé à lutter en raison de leur bas prix. Les Espagnols ont quelques maisons, et la France est représentée exclusivement par les pâtissiers, boulangers, cuisiniers et pharmaciens.
2t4 OMZE MOIS AU MEXIQUE.
i Clest peu pour un pays où il est facile de largement gagner sa vie ; mais les Allemands sont plus intelligents que nous sous ce rapport.
Les églises sont en grand nombre, et leur riche décoration m'étonne. Ce luxe d'autrefois qui a laissé des traces sérieuses ne s'explique pas aisément en pensant qu'à cette époque il n'y avait que des masures et des huttes. Il faut donc croire que les moines avaient remplacé les anciens temples du paganisme par des édifices non moins somptueux, pour conserver et entretenir la superstition religieuse.
L'Indien d'ailleurs a conservé ses traditions; il n'entrera dans l'église qu'avec son petit cierge à la main, qu'il ira allumer et déposer à terre devant le saint qu'il honore, son patron; quelques-unes des statues ont quelquefois plus de cent cierges allumés près de l'autel, quand d'autres, moins fortunées, n'en ont qu'un oudeux.
L'Indienne a le teint très foncé, la taille petite, mais ses yeux sont vifs et perçants; tout le reste est laid, surtout la bouche, dont la lèvre inférieure est très gonflée. Les naturels d'ici aiment les couleurs voyantes, les châles de laine multicolores, les chemisettes très galonnées, les foulards très chamarrés ; les hommes et les femmes vont nu-pieds, mais ils portent le guarache et des vêtements épais et chauds, car il fait froid relativement, et, même par les plus beaux temps, le thermomètre ne marque pas plus de vingt-quatre degrés centigrades.
L'hôtel Colon, où je suis descendu, est, comme tous les hôtels du pays, sauf à Guatemala, un capharnaûm où le voyageur est compté comme une unité qui doit
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tenir le moins de place possible; c'est ce qui explique qu'il n'y a que des chambres à trois ou quatre lits.
Quand un voyageur arrive, on lui désigne un lit dans une chambre où sont déjà installés trois compagnons de voyage. Le mobilier en dehors des quatre lits, se compose de quatre tables de nuit, quatre chaises, ^eux lavabos, et au centre une vaste table qui est commune et sur laquelle il doit être nécessaire de tracer uiie division en croix à la craie pour établir la portion à laquelle chacun a droit. Cela coûte trois piastres par personne.
Ne désirant pas de camarades, j'ai payé un peu plus cher et j'ai eu une chambre pour moi tout seul ! Il y -a, dans cette petite ville un mouvement commercial .considérable, car il n'y a pas de chemin de fer, et les transports se font à dos d'homme ou de mulet. Les voyages à l'intérieur se font à cheval, et il arrive tous les jours de nombreu|L cavaliers à l'hôtel Colon. Ce qui m'étonne le plus, c'est le manque total de bagages de tous ces voyageurs. Une couverture où est peut-être roulée une chemise, et c'est tout ! Les Anglais qui font le tour du monde avec un sac de nuit sont distancés.
Ces États de Centre-Amérique n'ont pas encore introduit chez eux à Tétat d'habitude les règles strictes d'hygiène et de propreté des Anglais ou des Américains. Il y a même des ustensiles de ménage absolument inconnus.
Les ablutions et les bains sont très succincts, et l'hygiène ne gagne rien à ce laisser aller; on s'étonne, à l'étranger, d'apprendre que des maladie^ régnent encore à l'état endémique et souvent épidémique dans les
pays chauds. Cela me surprend moins depuis que je les ai parcourus.
La municipalité ne s'occupe pas assez de la salubrité publique, et Tivrognerie est une cause principale de ces maladies.
Les Indiens se grisent hebdomadairement avec de Talcool; les blancs, avec des coktail s artistement fabriqués par des garçons de cantine américains engagés à cet efifet au poids de Tor ; on sert dans les bars, en plus de cette boisson échauffante, des liquides horriblement frelatés, mais habilement colorés par les procédés de chimistes, savants remarquables de tous les pays, qui ne pensaient pas, en cherchant à découvrir les mille pro* priétés de la houille, qu'ils deviendraient inconsciemment les grands empoisonneurs de cette fin de siècle.
En passant sur la place, j'entends un orchestre où le cuivre domine; j'aperçois sortant de Téglise un long cortège : c'est l'enterrement d'un Indien. Les indigènes veulent qu'après leur mort, on passe le corps par l'église, ce que ne font pas les blancs dans ce pays. On dépose la bière à l'entrée, le prêtre dit quelques prières, et on se dirige vers le cimetière : en tête marche la musique, cinq ou six instruments; derrière vient le cercueil porté à bras par huit hommes qui se relayent; voici ensuite la famille et les femmes, toutes encapuchonnées dans des pagnes en grossières dentelles : ce sont les parentes; elles sont suivies par un groupe de vingt à vingt-cinq pleureuses, d'hommes et de jeunes filles portant sur la tête des cruches pleines d'alcool de cannes à sucre. Tous les assistants, sauf les porteurs et la musique, sont ivres morts, les femmes surtout;