‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 117 sur 157 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

elles crient, elles pleurent, elles trébuchent, tombent, se relèvent : à chaque cent mètres le cortège s*arrête, les jeunes filles, qui boivent moins, elles, circulent avec leurs cruches et achèvent de griser les malheureuses. C'est leur manière d'honorer les morts! Au cimetière, les porteurs et la musique pourront se mettre au niveau des autres, mais pas avant, et c'est la seule chose à laquelle veille la police; ce qui se comprend, car on ne se rend pas bien positivement compte de ce qui se passerait si les porteurs étaient, eux aussi, dans le même état.

Pauvres gens qui prennent ainsi leur revanche de Tétat de bêtes de somme auquel on les a réduits : Tivresse du dimanche est traditionnelle, et Tlndien y pense toute la semaine,* encaissant avec amour sa paye pour se donner sa seule jouissance. Leur race s'avachit, s'étiole, la scrofule a gagné tous les petits, et la femme ne craint pas de contaminer son lait en se livrant ainsi à celte habitude affreuse, triste chose et triste résultat de la civilisation.

Mon retour à Guatemala se fait bien, sauf Témotion que m'ont causée en route quatorze tremblements de terre, heureusement espacés, mais qui m'ont fait dormir une nuit à la belle étoile, l'hôtellerie de Los Encuentros ayant été à moitié démolie la veille. Je revois néanmoins gaiement les endroits par où j'ai passé, et, le dixième jour après mon départ, je rentre dans la capitale au grand trot de mules fraîches (car on m'avait renvoyé un relais de Guatemala), ravi de mes cinq cents kilomètres faits dans la même voiture, dans des routes impossibles et sans accident.

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