‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 13 sur 157 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le roman comique. — Esperanza» trente minutes d'arrêt, buffet! — L' t aguacero t . — Mexico. — Premières impressions. — La société. — La ville. — L'homme au masque de fer. — Le palais national. — La Vierge de la Guadeloupe. — Utilité de la diplomatie. — Le Jockey-Club. — L'Opéra. — Le paseo de la Reforma. — Le chapeau mexicain.

Le chaland à vapeur qui nous emporte nous dépose à la station même du Mexican railway Company. Il est midi et demi, la chaleur suffocante, torride, règne dans toute sa force ; le soleil est comme du feu, et notre première pensée, souvent la plus mauvaise, est de nous désaltérer. Un café en face de la gare nous attire avec la force d'un aimant puissant, et, le palais desséché, la peau ruisselante de sueur, nous n'hésitons pas, mes compagnons italiens et moi, à faire la pire des sottises, surfout dans ces pays; nous demandons au garçon une boisson rafraîchissante qu'il nous apporte sous la forme d'un sirop quelconque, avec de l'eau de seltz, de la glace et du cognac. Quelles délices I Cela peut être mauvais pour la santé, mais cela rentre dans la nomenclature des jouissances permises, et nous prenons un bain intérieur très complet en attendant que nous puissions en faire autant pour l'extérieur.

A trois heures, notre train, composé de deux grandes

voitures américaines» une de première, une dedeuiiëme et un fourgon, où sont nos trois cent quatre colis, se met en marche.

Nous sommes trente-cinq de la Compagnie en première; on se case par affinités; moi, je m*installe sur une banquette avec mes deux sacs; les conversations, les lazzis commencent à s'échanger; somme toute, on est gai, on parte italien, espagnol, allemand, français et belge. . .

Le train roule, la ville et ses clochers disparaissent : nous suivons une plaine sablonneuse pendant quelques centaines de mètres, puis la physionomie de la campagne change : nous entrons en terre chaude ; c'est ainsi qu'on nomme les terres basses situées entre la mer et les montagnes que nous allons bientôt escalader pour monter sur le plateau central. La végétation est plus active, les terres deviennent fertiles ; les arbres ne sont pas hauts; ce sont des successions de prairies couvertes de ronces, de petits arbres, de broussailles touffues, d'herbes folles qui s'entrelacent et cachent la terre; quelques cocotiers, des bananiers, puis des essences inconnues viennent distraire l'œil de cette accumulation de verdure.

Là, cependant, sous cette poussée folle de la faune, ^'étendent des flaques d'une eau croupie qui n'a pas été absorbée par le sol ; des trous sont encore remplis du résidu des pluies tropicales; là s'opèrent avec les racines des plantes des alliages chimiques et des décompositions terribles qui, aux premières chaleurs, vont empoisonner les alentours : des buées chargées de miasmes pestilentiels s'échappent de ces foyers con-

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