‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 120 sur 157 · CHAPITRE X. 23J · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 23J

Supporter, tout souffrir, jusqu'à des humiliations, pour établir et consolider leur situation.

Aussi se sont-ils vengés de ce qu*ils ont en à peiner en introduisant dans ces pays toutes les falsifications imaginables, depuis les cigares fabriqués avec de la paille trempée dans de la nicotine jusqu^aux eauxde-vie faites avec je ne sais quel alcool et qui sont vendues six francs la caisse de douze bouteilles à bord, à Hambourg! Ils vendent de la fausse toile, dnfsaxfer; c*est une vraie industrie du faux : ils ont même trouvé le moyen de faire du faux café !

J'ai eu entre les mains des grains de café falsifié! Je me contenterai défaire remarquer que le San Salvador est une des plus riches contrées du monde pour la pro* duction de ce végétal.

-- Le soleil se couche, la cime du volcan reste encore -en lumière, pendant que les ombres de la nuit envahissent la plaine ; la petite ville est pleine de mouvement, avec sa station au centre de la ville, son va-etvient de charrettes à bœufs, de cavaliers qui reviennent des fincas, de femmes qui vont chercher de Tean aux fontaines publiques, portant en équilibre sur leur tète de lourdes jarres en terre ; un train vient d*arriver ; la locomotive avec sa cloche qui sonne est là devant moi, reprenant haleine, et un flot de voyageurs. Indiens pour la plupart, sortent des wagons en causant joyeusement dans leur idiome iucompréhensible. Il y a de la vie <lans ce coin de terre.

Le soir, diner intime chez le directeur d*une des banques, M. P..., un Bordelais fixé ici, dont la charmante femme, une Parisienne, nous fait les honneurs

de son logis avec une grâce charmante. Six convives : les maîtres de la maison, deax Parisiens et deux Bor<delais. Bonne fortune pour nous tous de nous trouver réunis.

En rentrant, la nuit est claire, et j*aperçois le volcan d*Izalco en pleine ignition : la lave sort du sommet, incandescente, baveuse, elle eoule sur le flanc de la montagne, o& elle trace un sillon rouge ardent. Tout le reste est dans Tombre, et la vuedecetteruissellure, qui semble une coulée de fonte, est extrêmement curieuse. C'est un beau spectacle qui m'arrête un instant.

20 mai. — A six heures du matin je monte en wagon pour Santa Ana, la seconde ville de la république de San Salvador; nous laissons à notre gauche le volcan; à ce sajet, un savant du pays veut bien me dire que, si jamais le feu qui la ronge s'arrêtait, Sansonate disparaîtrait, car la cessation des éruptions provoquerait d'effroyables tremblements de terre. Il est probable que les habitants de cette intéressante cité doivent regarder avec anxiété si le cône fume encore. Le jour où ils ne verront plus rien, il est certain qu'il y aura un bon départ à la station.

La campagne est agréable, avec des pâturages verts, de beaux ombrages : des troupeaux paissent sans même se soucier du train qui roule au milieu d'eux; le bétail a belle apparence de santé; l'eau est abondante, l'herbe épaisse, la frondaison est joyeuse, et un soleil bienfaisant inonde ce paysage presque anglais de ises rayons divisés par leur passage à travers les feuillages des acajous et des cèdres.

Le train transporte beaucoup de voyageurs, et en

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plus des fourgons à bagag», j^ long, grillé, qui renferme nx bmIcs twtt er «el4«» ^ portant, accroché à la îè&tre ie b IpriJer, a â«sfiK: «: jeton de cuivre aTec un numiïïo gmé. i?Mt is: ftsmiut est entre les mains du propriétaire.

Une mule aux bagages et enregisirée mtsi fa» dKr nous chose connue, et le ùât m*a poni âewosr tut »gnalé.

Arrivé à destination, le cavalier enfiMntfce» nude et part. C*est pratique.

La voie n^étant pas finie encore jusqn à Saata Kmk et n'ayant pas de monture pour aller plus loin, je profi* tai, ainsi qu'une vingtaine d'Indiens, dn train de ballafl ou de travail qui sert à porter les ouvriers jasqa*à «a endroit appelé le Congo, où je devais trouver une voi* ture que j'avais retenue par le téléphone (1).

Me voilà donc installé avec mes deux nulles ior on tas de sable, au centre d'un wagon plale-forme : c*est ainsi que j'ai fait les quinze kilomètres de U nouvelle ligne. Comme confortable, cela laisse un penàdéiirer.

Au Congo — ici on ne fabrique aucun savon — je trouve ma voiture, et c'est heureux, car le nom dn lieu s'applique à une région où il n*y à pas trace d'habi'* tation. Ma carretela à l'air solide : le cocher est aimable, et les mules allantes. La route que je suis est accidentée, mais déplorable; la culture du caCè s'y étale dans toute sa beauté; chose curieuse, la pro* priété par ici est très divisée, et on ne trouve pas,

(1) Le téléphone relie toutes les villes et villages împoHaoU du Salvador. C'est un réseau merveilleux qui pourrait être doooé eo modèle à la vieille Europe.

comme aa Mexique ou au Guatemala, de ces haciendas qui enrichissent seulement une famille. Tout le monde est un peu propriétaire au Salvador, et le moindre Indien a son petit cafetal; c'est ce qui explique la difficulté que Ton a de trouver des bras pour la récolte. Les plus grandes propriétés ne donnent pas plus de deux à trois mille quintaux; au Guatemala, il y a des fincas, comme celle de Chocola, qui est entre les mains des Allemands qui donnent trente-cinq mille quintaux à Tannée (1) ! Quelques propriétaires du Salvador cependant possèdent plusieurs fmcas de trois mille quintaux chaque, ce qui fait déjà un gros revenu.

Nous nous arrêtons un instdnt à Cuautepec, grand village situé sur le bord d'une lagune où abonde un poisson qui a fort bon goût et dont le commerce est florissant.

De Cuautepec à SantaAna, la route est montueuse et sillonnée de charrettes à bœufs; mon cocher mMndique un endroit du chemin où Ton s'est battu avec acharnement, lors de la dernière guerre civile; les combats furent meurtriers, surtout de ce côté, et, sur la droite, on voit un vaste cimetière où reposent vainqueurs et vaincus.

— J'étais là, ajoute mon cocher, non sans une certaine pointe d'orgueil .

— Ah ! fis-je, et avec qui?

— D'abord avec Ezeta, et quand j'ai vu que cela allait mal, après trois heures d'un combat violent, j'ai été grossir les rangs de Guttierez, notre adversaire.

(1) Le quintal vaut aujourd'hui 49 piastres, ou 100 fr. environ.

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