CHAPITRE X
est mauvaise, et il faut la filtrer. Sans les révolutions U fièvre jaune n'exislerait qu'à Tétai endémique léger.
L'armée, grâce à mes camarades, va recevoir un dressage parfait, et comme Tindigëne est en général très docilo et en même temps très vaillant, il se fera vite et deviendra un bon soldat. Comme le pays n'a que peu de chevaux, il n'y a pas de cavalerie, mais il possède une artillerie excellente avec de vrais canons et de bon pointeurs !
San Salvador est célèbre par la beauté de ses femmes, qui sont bien failes ; les traits sont assez réguliers, mais les yeux sont charmants avec de longs cils noirs, les sourcils bien plantés; les cheveux sont très fins. La bouche est bien formée, moqueuse; on se peint moins qu'au Guatemala, et Ton sacrifie moins à la mode.
L'homme est actif, entreprenant, travailleur; il est moins encliq à la spéculation que le Guatémaltèque : il est joueur, mais gère bien ses intérêts et dépense son argent d'une façon utile. Son premier luxe eêi d'avoir de beaux mulets, car dans ce pays on ne peut voyager en voiture, et il n'est pas rare de rencontrer des finqueros sur des mules de trois mille francs. En résumé, on vit bien ici, mais simplement : le Président actuel, d'ailleurs, donne l'exemple de la simplicité et d'une vie patriarcale,
Xous voilà en pleine saison des pluies : quel phénomène étonnant! Tous les jours à cinq heures, après nne journée splendide, le soleil se cache, de gros nuages noirs montent de 4'horizon, et en moins de dix minutes un orage éclate, des torrents d'eau se dé-
versent sans interruption pendant trois ou quatre heures, quelquefois un peu plus : le lendemain, leciel a repris son manteau d'azur, le soleil sa puissance de calorique, et le feuillage, plus vert que jamais, a secoué sa dernière gouttelette.
l" juin. — Je viens de quitter San Salvador dans une voiture à quatre chevaux pour aller à la Libertad, le second port du Salvador, plus important que celui d'AcajutIa et où se débarquent presque toutes les importations.
La route est, par miracle, assez bonne, mais très accidentée. Après le café, qui aime les hauteurs, nous atteignons des prairies où sont de belles vaches ; ou se croirait en Normandie, d'autant qu'à travers les interstices des coteaux on aperçoit la mer et que des arbres semblables à des pommiers parsèment les pâturages.
Je franchis les soixante kilomètres en six heures et j'arrive au petit port de Libertad, où j'apprends quemon bateau le San José {Pacific Mail; bien entendu) a trois jours de retard.
Ce minuscule port manque de ressources, car, à part l'hôtel Hidalgo, où je loge, la douane et la commandancia, il n'y a que vingt-cinq maisons.
Le Pacifique est calme, mais les lames continuent à se briser sur le sable avec un grondement formidable : ce ressac est vraiment curieux, car la mer est comme une nappe d'huile.
2 Juin. — Rien en vue! Un grand trois-mâts décharge des planches en sapin. La chaleur est torride et Ja fraîcheur est impossible à trouver; j'essaye dem'in-