CHAPITRE XI
contrées! Mais le temps me presse peut-être plus que la révolution ne me fait peur, ei pourtant on se bat encore là-haut; les morts ne sont pas enterrés» la fièvre jaune commence son œuvre, le commerce est paralysé, on est épuisé, et ce n^est pas le moment d'aller visiter un pays que la guerre éprouve cruellement : ce serait même de mauvais goût d'aller chercher des impressions chez un peuple qui ne peut en ce moment monirer qu'une horrible misère et que des traces sanglantes de guerre civile. J'attendrai que le Nicaragua soit définitivement pacifié pour y pénétrer et rapporter des documents intéressants.
J'ai donc rejoint le San José, disant non pas adieu mais au revoir à ces côtes boisées, à ces hauts volcans, à ces 4acs énormes qui occupent une grande partie du pays.
On me montre à bord un billet de banque curieux : les insurgés, ayant eu besoin d'argent, ont trouvé des billets de banque d'un établissement qui avait fait faillite deux ou trois ans avant : ils ont pris ce stock, ont bifiiè les signatures des administrateurs, ont apposé les signatures de leurs chefs, dont l'un était le futur président de la République et en ont mis en circulation pour plus de cent mille piastres, en forçant les négociants et les commerçants à les prendre en payement des marchandises qu'ils leur achetaient.
Le billet est signé de Baccati, président de la République, et de trois autres noms.
Cela me paraît fort intelligent et en tout cas essentiellement pratique.
Je regrette bien vivement de n'avoir pu aller visiter le Valle Menier, cette immense hacienda de cacao qui
S50 ONZE MOIS At MEXIQUE.
appartient à notre grand chocolatier. Il parait que c*est une splendide propriété, tenue comme un parc et installée admirablement.
Nous sommes de nouveau sur le Pacifique, dont les grosses lames nous font rouler bord sur bord. Autant les côtes du Mexique et du Guatemala sont monotones et basses, autant celles du Nicaragua et de la Colombie sont remarquables par leurs montagnes élevées, qui viennent mourir sur le rivage, par leurs îlots nombreux, hérissés de rochers à pic et couverts de forêts épaisses où nul mortel n'a jamais pénétré. La mer est semée littéralement de tortues à fleur d*eau, immobiles qui se dérangent à peine sur le passage du navire. Sar ces carapaces qui luisent au soleil se tiennent perchés de gros oiseaux de mer qui semblent heureux de pouvoir se reposer sur ces ilôts flottants.
Sur le rivage surgissent de hautes falaises que nous allons côtoyer pendant trois jours avec des alternatives de mer calme et de vents très forts qui soufflent toujours dans les mêmes parages, toute Tannée ; les fonds sont grands, les courants violents et la navigation dangereuse; la mer devient moutonneuse, mais le San José est tellement chargé qu'il roule à peine.
Nous débouquoDs dans le golfe de Panama pour aller en deux heures prendre notre mouillage à Tabri de deux petites îles élevées où le fond est sûr; là sont les magasins de la Compagnie du Pacific Nord et de celle du Sud. C'est une rade ouverte où Ton est encore à deux milles de Panama, qui se dresse, charmante de couleur et d'originalité , sur une langue de terre s'avançant dans la mer et dominée par