CHAPITRE XI
des collines verdoyantes oh j^aperçois de loin les toitures rouges de Thôpital français. Sur la gauche» l'entrée du canal de Panama. Un remorqueur en sort, traînant deux lourds chalands chargés de vase qu'ils vont déverser en pleine mer. On y travaille, paraitil... Il est trop tard pour aller à terre, et force nous est de remettre notre débarquement au lendemain.
Panama est une ville qui a cet avantage sur les cités du Centre-Amérique, d'avoir des maisons à plusieurs étages; quand on y arrive par mer, elle fait un joli effet et semble une ville riche, car le port est animé ; la marée se fait sentir si violemmeut, qu'elle occasionne une différence de niveau de près de huit mètres. De plus, la mer est pleine toutes les huit heures, ce qui fait trois marées par jour. Tout le golfe, sur un rayon de deux milles de Panama, n'a pas de fonds et découvre à marée basse, laissant à sec des quantités de bancs de coraux, de madrépores, qui rendent à marée haute l'accostage au wharf très difficile pour les seuls bateaux qui peuvent y arriver. Une nuée d'embarcations sillonnent le bassin etdonnent de la vie. Tout le tour du golfe est d*un vert éblouissant, avec des horizons lointains de collines.
La ville est absolument cosmopolite, ainsi que le veut sa situation géographique; les rues sont convenables, les magasins ne manquent pas, et c'est justement la présence de tous les étrangers de passage qui a forcé les négociants d'avoir des approvisiqpnements de toute espèce de choses. Les Chinois viennent eu tèle du marché, puis les Allemands et les Juifs; les Français sont peu nombreux, en dehors du personnel du
canal, dont je reparlerai plus loin. On a, paridt-il, beaucoup amélioré la ville, qui me semble propre, et où je trouve des places avec des arbres, de beaux édifices, entre autres celui de la Compagnie du Canal et la cathédrale. Les maisons ont toutes de grands balcons en avance pour respirer la fraîcheur le soir; la lumière électrique éclaire la ville, et un tramway, mû par Télectricité, fait le bonheur des habitants de Panama, en leur permettant de s'installer sur les cars où ils restent en famille, le soir, pendant une heure, faisant la navette entre les deux points terminus; Tidée est charmante, et cela coûte moins cher qu'un fiacre. L*ensemble de Panama est tout à fait difierent de Tidée qu*on s*en fait; la ville est riante, c'est un passage incessant de voyageurs venant de tous les pays du monde; c'est la ville où Ton fait les rencontres les plus bizarres ; j'ai revu des disparus de Paris échoués dans le canal sous de faux noms ; j*y ai rencontré des modistes de Paris devenues des grandes dames au Nicaragua ou au San Salvador.
C'est ici le refuge de tous les Présidents des Républiques-centre américaines sans emploi qui travaillent à chercher des partisans pour fréter un navire et tâcher de rentrer dans leur pays; c'est ici que les grands marchands de perles viennent s'approvisionner dans ce marché de Panama, très achalandé, encore bien que les pêcheries des îles des Perles s'épuisent un peu.
C'est par ce petit port que passent incessamment toutes les compagnies plus ou moins lyriques qui vont charmer les Amériques Xord et Sud. Ces grands conquérants se divisent le nouveau monde, et à leur retour à Panama, ils élaborent de nouveaux plans, heureux