‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 129 sur 157 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

jS^il leur reste encore des plumes. Panama, enfin, est une ville de plaisirs faciles pour l'étranger que de longues navigations ont horripilé , pour les marins qui oublient un instant leurs dures fatigues, et mal heureusement aussi pour le modeste employé du canal, car Panama ofire des écueils plus dangereux que ceux A\i Pacifique. On boit de la glace en quantité folle; il est vrai de dire qu'elle est fabriquée avec beaucoup de soins, eau bouillie et filtrée préalablement. La consommation est telle, que les deux fabriques gagnent de Targent. La température y est curieuse; pendant la saison sèche, de janvier à juin, Tair est aussi humide que pendant la période des pluies; la chaleur y est forte et surchargée d'humidité ; on transpire d'une façon atroce, même sans bouger; les nuits surtout sont pénibles.

Le nègre domine à Panama ; tous les anciens travailleurs du canal, venus des Antilles, sont restés et ont fait souche. Ce sont de beaux et solides gaillards, qui ont prouvé leur force de résistance en étant encore pleins de vie, aptes au travail et gagnant leur pain aisément; ils trouvent facilement du travail. Les femmes s'habillent de percales très claires et portent un chapeau de paille canotier garni de feuillage ou de fleurs; elles adorent les couleurs voyantes, et plus elles sont noires de peau, plus elles ont de goût pour les nuances claires; les rubans ont des attraits tout particuliers pour ces malheureuses, qui en mettent le plus qu'elles peuvent sur leur robe et sur leur corsage. C'est amusant de voir toutes ces faces noires avec des robes blanches. J'ai la bonne fortune de retrouver un ami en la per-

La voie décrit une courbe, et mon compagnon de route me montre, sur la droite, un mamelon jadis pointu, taillé en assises, la Culehra. C'est là que se sont émoussés les aciers les mieux trempés; c'est la pierre d'achoppement du canal.

Toute cette œuvre, grandiose, saisissante, tient en deux mots : la Culehra j et sa vie en dépend ! Quand on entreprit le canal, on a voulu, et l'avenir a prouvé qu'on avait tort, rassurer le capital engagé, et on a commencé par le plus facile, c'est-à-dire les deux bouts. On se mit à creuser le canal dans les parties planes, et l'eau s'y introduisit; le capital était trouvé; on attaqua la Culehra et VImperador, mais quand la pioche eut «ntamé ces couches élevées, on s'aperçut que ce serait difficile, et, en peu de temps, l'idée du canal à niveaa disparut du projet, car c'était et c'est encore irréalisable ! Les difficultés ont continué jusqu'à ce jour, et la Culehra n'a encore perdu que quarante mètres de sa Jiauteur primitive de cent dix mètres. Le canal à écluses fut décidé, héfas! trop tard : le capital était eniglouti !

Le travail fait par l'ancienne Compagnie, bien que 4rès sérieux et plus important qu'on ne le croit, a coûté un milliard quatre cents millions ! Je n'ai pas à rechercher ici ce qui a pu être gaspillé.

A l'heure actuelle, la nouvelle compagnie marche vite -et bien; les locomotives fument et des nuées de wagonnets roulent dans la Culehra j qui ressemble à une fourmilière, deux mille ouvriers y travaillant activement. Les miasmes du commencement ne se font plus craindre autant, car la couche de terre de dessus est seule dan-

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