CHAPITRE XI
gereuse ; les chantiers se forment et les études se poursuivent avec soin ; les écluses sont déjà indiquées, et il faudrait peu de chose pour mettre du mouvement dans Tisthme. En arrivant au bas Obispo, Tingénieur me montre le point où viendront s'arrêter les eaux du lac immense qui inondera le pays et où le canal sera balisé dans toute sa longueur, vingt-deux kilomètres sur douze environ. Au bout du lac se dressera le baiv rage du Chagres, dont les eaux, plus abondantes qu'il n'est nécessaire, inonderont le pays et formeront ce magnifique plan d'eau qui assainira la région. Le total des écluses de chaque côté sera de cinq, toutes alimentées, sauf celle du bas, par les eaux du lac supé rieur, créé également avec le Chagres, à un niveau de soixante mètres, plus que suffisant pour les services du canal et des écluses. Du lac à l'Atlantique, à Colon, le canal est fait et jnesure vingt-deux kilomètres navi* gables. La question du canal, tous renseignements bien pris, peut se résoudre à ceci : comme grands travaux, les barrages des deux lacs, travaux ayant des précédents et faciles à faire; percement de la CuUbra et abaissement de son plafond actuel de soixante mètres à trente-huit mètres, c'est-à-dire, que si Ton prend le lac inférieur, une fois à son niveau, et l'écluse du côté du Pacifique à la même cote que le lac, il reste à ouvrir une tranchée de huit kilomètres de long, partant à à chaque extrémité, et ayant à son point culminant environ trente mètres ; mais comme il y a pente de chaque côté, il n'y aurait, comme vraie difficulté, que huit cents mètres de tranchée ayant trente mètres de hauteur, travail déjà exécuté en Europe.
Les travaux, tels qae construction des écluses, remplissage des biefs pour les draguer sous Feau et les niveler, formation des lacs, détournement de la voie ferrée du Pacific Railroad, percement définitif de la CulebrOj dragage général, nécessiteraient en tout cinq cents millions, soit trois cents millions pour achever les travaux, et deux cents millions pour en assurer les intérêts pendant environ sept ans, temps plus que suffisant pour ouvrir le canal de Panama aux navires.
Quant à la question du matériel existant, il faut opposer le démenti le plus formel aux racontars qui ont été faits. Les machines peuvent servir, à Texception de celles qui se sont usées au service ; le matériel roulant est en état, et si la destinée du canal veut qu'il se termine de par le fait de nos compatriotes, on verra que je n*ai dit que la vérité. J'ai vu à Colon le matériel flottant; on Tentretient et.on le remet à neuf; j'ai parcouru en chaloupe à vapeur tous les docks et bassins ; il n'y a aucune critique à formuler, et la nouvelle Compagnie mérite plus que des éloges pour la manière dont elle a compris ses obligations. J'ai parcouru les vingt-deux kilomètres du canal du côté de Colon en bateau à vapeur.
L'hospitalité m'avait été ofierte dans la maison présidentielle, qui fut la résidence de M. de Lesseps. De tristes réflexions me sont venues en pensant à la destinée des grands de la terre.
Colon est un grand village laid, qui rachète l'affreuse malpropreté de ses rues sans pavés et défoncées, de ses maisons en bois mal peintes, et de ses habitants