CHAPITRE XI
noirs et dépenaillés, par les deux quartiers qui forment ses extrémités, le Campement et Aspinwall.
Le Campement appartient, à la Compagnie de Panama, et se compose d'une centaine de chalets en bois assez bien construits et oh habitaient autrefois les employés du canal ; ces constructions s'étendent sur une presqu'île plantée de cocotiers qui s'avance entre l'entrée du canal et le golfe de Colon ; l'extrémité est terminée par un terre-plein avec la statue de Christophe Colomb deBartholdî, et juste derrière s'élèvent les deux principales maisons de la Compagnie, le bureau des études et la maison du Président. De grandes avenues avec de magnifiques arbres longent la mer et constituent une ravissante promenade.
Aspinwall n'est autre que Colon, mais les Anglais ne veulent voir figurer ce nom nulle part, même pas sur les billets du chemin de fer, dont toutes les stations, d'ailleurs, portent des noms anglais, témoin Imperador, dont ils ont fait Empire. Pour nous, Aspinwall n'est que le quartier anglais de Colon, mais pour eux, c'est la ville tout entière.
Les maisons s'étendent sur la plage, dont une route les en sépare, bordée d'un trottoir bitumé; devant chaque chalet se voit un jardinet bien entretenu; plus loin, voici l'église protestante, identique à celles que l'on rencontre en Angleterre avec son lierre qui grimpe à la muraille, sa petite grille et son cimetière bien ombragé. On se croirait loin d'un pays malsain et contaminé. Un peu plus loin que l'église, un restaurant, le Washington, excellent, et dont les bâtiments renferment des appartements et des chambres pour les
employés du chemin de fer, et un cercle avec nombre de journaux et un billard ! Tout cela est anglais, natu^ rellementy et confortable. Le port de Colon est assez bon et les wharfs spacieux; j*aperçois les cheminées rouges d*un vapeur français de la Compagnie transatlantique. C*est le Versailles , qui part pour Saint* Nazaire. Hélas! que ne puis-je le prendre!
Il faut que j*aille à Costa Rica, et je m'informe du départ d'un navire pour Port Limon, où il faut débar* quer pour se rendre dans cette capitale. On me dit que le seul départ d'ici dix jours est le Derwent, cargo* boat anglais qui doit partir le 15 pour Costa Rica. Je retiens mon passage et je rentre à Panama, car il me reste à voir les appontements de la Boca et Tembou* chure du canal dans le PaciBque.
Jusqu'ici tout le trafic, chargement, déchargement des navires, se faisait au moyen de chalands; grâce à ces appontements, on gagnera un temps énorme, puisque les marchandises passeront directement des bateaux au chemin de fer, qu'un embranchement relie à la ligne Panama-Colon.
Il est curieux qu'on n'ait pas songé à cela plus tôt. Ces quais en bois auront trois cents mètres de longueur et permettront de décharger trois navires à la fois; ils sont situés à un kilomètre en dedans du canal, avec des fonds suffisants et construits comme ceux de Pauillac, au moyen de caissons à air comprimé. C'est un fort beau travail qui sera achevé dans deux ans.
Je vais voir un marchand de perles dont on m'a parlé. Je n'en ai pas trouvé une seulevraiment belle, et cela s'explique; il y a ici deux ou trois courtiers qui