CHAPITRE XI
sont à raffut, et dès qu'il arrive des pêcheries une belle pièce, l'affaire est faite. Quand un amateur se présente , il ne trouve que les perles dédaignées et qu'on veut vendre cependant à très gros prix. Si j'ai un conseil à donner aux gens qui veulent acheter ce précieux objet, c'est d'aller à Vienne, à Londres ou à Paris, mais pas à Panama.
Les seules jolies choses que l'on trouve dans cette ville, ce sont tes chinoiseries, depuis les soieries jusqu'aux ivoires; il y a une collection de ravissants objets, et pas trop chers.
Je quitte Panama avec quelques sentiments de regret, surtout y laissant un ami, le consul de France, que je voudrais voir revenir dans des pays moins chauds.
Je suis à bord du Derwentj solide cargo de la Compagnie du Royal Mail. Il y a huit cabines à bord, et le capitaine m'a installé à ravir. La table y est bonne, et tout est propre et confortable.
Je n*ai pas dit que j'allais mettre cinq jours pour aller à Costa Rica, car ce navire va d'abord à Grey Town chercher... du café, naturellement, et de là à Porto Limon, d'où il retourne à Colon. Je n'avais pas le choix, ce pays n'étant desservi régulièrement qu'une fois par mois.
En vingt-quatre heures, nous sommes à ce petit port du Nicaragua, mouillés à deux milles, car la côte est dangereuse par ses bancs de sable.
Grey Town est une ravissante petite ville habitée par des Anglais, qui sont en majorité, et par des indiens. C'est vous dire que c'est charmant. Elle est située sur
les bords d*une petite rhière, le Sao Juan del Sar, lieu où devait déboucher dans TAilanfique le fameux canal de Nicaragua, œuvre éclose dans Tiinagination des Américains, ou plutôt vaste ballon dressai lancé par ce peuple, ami des boutades financières, pour faire croire à la possibilité d'un canal dans une région où cela est matériellement infaisable. A Feutrée de la passe, j'aperçois les bras immenses de quatre excava* teurs qui furent achetés à Panama et mis en service quinze jours par une compagnie, juste assez pour faire croire à la mise en œuvre de ce canal mort-né I On avait même poussé la farce jusqu'à faire une grande fête pour l'inauguration des travaux ! En ce moment, les dragues et les excavateurs sont enfoncés dans la vase jusqu'aux cheminées.
Le Derwent reste trois jours à l'ancre sur le grand balancement des lames; je joue aux échecs, on pèche, on s'ennuie ferme, et enfin le quatrième jour nous appareillons pour Port Limon, où nous jetons l'ancre le lendemain matin de bonne heure.
Situé au fond d'une baie étroite, caché sous des berceaux de verdure, ce petit port est vraiment différent de ceux que j'ai vus jusqu'ici sur les côtes; la ville est ce que les Anglais appellent neat^ appétissante, avec sa place aux parterres gazonnés, avec des massifs de fleurs, avec ses maisonnettes bien tenues et son hôtel bien installé à deux étages donnant sur la mer.
Le chemin de fer part du wharf pour monter à San José de Costa Rica, la capitale de cette minuscule république.