CHAPITRE XI
Le Salvador est un pays superbe, ainsi que le Guatemala et le Nicaragua, mais je donne la palme sans hésiter au Costa Rica, qui est le plus fertile et le plus riche de tous. Renfermant à peine trois cent mille habitants, il est prodigieusement cultivé, et tout y pousse avec une abondance qui rappelle la terre promise des anciens; Tagriculture donnerait encore plus s'il y avait un peu plus de population.
Le chemin de fer' côtoie la mer pendant quelques kilomètres avant de commencer à gravir les montagnes sur lesquelles se dresse le plateau central, où est construite la capitale. On longe ensuite le Limon, cours d'eau torrentiel encaissé que la voie suit sur un long parcours à flancs de coteau, tracé dangereux par places, car les pluies produisent des éboulements, et la circulation des trains se trouve interrompue pendant plusieurs jours, quelquefois pendant un mois! L'œil ne se fatigue pas de contempler ce beau paysage, où la rivière tumultueuse jette sa note bruyante, avec son ruissellement sur les gros blocs de rochers amoncelés dans son lit. A cent mètres d'élévation, on quitte la rivière, qui n'est déjà plus qu'un ruisseau, et on continue, sur le flanc de hautes montagnes, à gravir des côtes sérieuses, jusqu'à ce qu'on arrive sur le plateau, à 1,400 mètres au-dessus de la mer.
De chaque côté de la voie, j'admire des cafetales qui sont entretenus comme des jardins anglais et dont le revenu doit être gros, à ne considérer que la façon dont les arbustes sont soignés.
Nous nous arrêtons cinq minutes à Cartago, ville de 15,000 habitants, dont le chemin de fer a emprunté
la grande rue pour y faire circuler ses trains. La gare est animée, curieuse par son va-et-vient de jeunes filles du pays qui rentrent à San José, vêtues de châles de soie claire.
La station de San José est située sur un plateau d'où le regard embrasse la ville tout entière, avec ses clochers, ses dômes et ses toits en tuile. En sortant de la gare, on se trouve sur une place assez vaste, avec un square où se dresse au centre un monument intéressant dû au ciseau de Carrier-Belleuse , et qui représente Costa Rica reprenant son indépendance.
Les rues sont macadamisées, et un rouleau à vapeur qui stationne au coin de la place me prouve qu'il y a ici un émule sérieux de M. Alphand. Les maisons, généralement à deux étages, ont Tair coquettes avec leurs boW'Windotvs et leurs fenêtres à guillotine; Tintérieur des maisons indique Taisance et le confortable; on voit de suite qu'il y a de l'argent, beaucoup d'argent!
San José de Costa Rica renferme 45,000 habitants, sans compter la population des petits villages suburbains qui [viennent s'approvisionner à la métropole et qui lui donnent un mouvement commercial très important.
La température y est agréable, le thermomètre se maintenant à une moyenne de 20° ; l'eau y abonde et ne contribue pas peu à l'entretien des cinq ou six parcs qui orneut la ville et qui sont aussi jolis que ceux d'Europe. Les rues se coupent à angle droit et offrent de belles perspectives en raison de leurs édifices et maisons élevées.