‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 137 sur 157 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

fluence des rayons solaires, et la montagne, à pic audessus de Ja mer, se laisse voir dans toute sa majesté, dominant les flots mouvants. L'œil est charmé par ce contraste si puissant et ne se lasse pas de contempler ces neiges éternelles, ces glaciers collés aux flancs de ces rocs escarpés : la longue vue rapproche ces crevasses béantes, ces ravins où s'est engouffrée la neige qui les a comblés : la crête blanche est longue et hérissée de pointes, et le navire, qui suit la côte à quatre milles, semble passer en revue ces beautés alpestres transportées en terre chaude.

La mer creuse, le vent augmente de force... d'opaques nuées viennent de nouveau embrasser la montagne de leur ombre, et au bout de quelques heures il ne reste plus de ces cimes charmantes que le souvenir gravé dans nos yeux.

Il y a à bord une cinquantaine d'émigrants Français pour la plupart, qui rentrent en France, n'ayant pas trouvé dans ces contrées, plutôt hospitalières cependant, les fortunes qu'ils étaient venus chercher. Un ménage de Marseille qui croyait rapporter un magot ne ramène que quatre enfants nés en pays étranger.

L'émigration individuelle est une mauvaise chose, à moins d'arriver avec un capital; aussi l'émigration collective est-elle la seule qui ait des chances de réussir; on est sous l'autorité et le patronage des agents de la France et du gouvernement du pays, qui est heureux de prêter son appui financier même à une colonie. Aussi est-ce dans ce sens que tous les efforts de nos consuls se manifestent, et, malheureusement, ils sont peu écoutés jusqu'ici.

La vie à bord s'écoule lentement. On regarde détendue de ces flots si difl*érentsdeceuxdu Pacifique; on n*y trouve plus la longue et démesurément large lame de fond qui donne au navire le balancement rythmé et cadencé; plus de ces brises molles qui rident à peine la surface de Teau, plus de ces tortues à fleur d'eau, plus de requins; mais, en revanche, des vagues courtes et sèches, dures, crétées d'argent par le vent, sillonnées de rides profondes, de creux noirs qui s'enfoncent sous la quille; l'hélice s'afible par mo» ments quand le navire est à cheval sur la lame, le ciel est couturé de queues de chat, nuages longs que les marins dénomment ainsi; plus loin, des flocons de coton montent au zénith, la mer enfin change d'aspect à chaque mstant, tout en un mot est difi*érent dans ces deux océans dont un grand génie a voulu réunir les eaux salées, problème insurmontable que ne résoudra même pas le canal de Panama, qui ne sera transitable qu'au moyen d'écluses alimentées avec l'eau douce du Chagres...

Tonte la partie des rivages de la Colombie que nous suivons à grande distance est fort dangereuse; il n'y a aucun feu; de grands bancs de sable et de coraux s'étendent loin au large, et les cartes hydrographiques de ces parages sont peu rectifiées; la brume couvre les montagnes, points de repère, la boussole éprouve des déviations magnétiques sensibles et inexplicables, les courants sont terribles.

IVous franchissons le cap de la Vêla, après avoir dépassé l'endroit où, l'an dernier, se perdit VAmerique, de la Compagnie transatlantique; la mer tombe un

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