‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 139 sur 157 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La Guayra. — Le chemin de fer casse-cou. — Déraillement. — Caracas. — Aperçu géographique. — Les façades paravents. Bolivar for ever, — La France. — Garupano. — La Trinidad. — La Savane. — L'hospice des Lépreux. — Fort-de- France. — Le Dubourdieu. — Saint- Pierre. — Les plongeurs. — Pointe-à-Pitre. — Retour en France.

La Guayra est construite en amphithéâtre et possède un port bien abrité par un môle et un brise-lame. La chaîne de montagnes est plus élevée ici qu'à Puerto Cabelloy et il y a eu juste assez de place, entre le pied de ces hauteurs escarpées et la mer, pour bâtir la ville ; c'est extraordinairement joli à Tœil ; sur la droite on aperçoit des zigzags dans la montagne, qui indiquent la ligne du chemin de fer, célèbre dans Tunivers entier par sa hardiesse. C'est par là que je dois aller demain à Caracas, capitale de la république.

La seule curiosité de la Guayra est son bain de mer, le Trouville des Vénézuéliens, situé à un quart d*heur& de la ville et relié par un tramway à vapeur. On y trouve un casino, un beau parc et un établissement de bains modèle.

Le Venezuela doit une partie de sa civilisation au général Guzman Blanco, son ancien président, que, naturellement, on s'est empressé de brûler après l'avoir adoré; c'est-à-dire qu'on a renversé toutes ses

statues et biffé son nom de tous les monuments publics, mais ses œuvres restent, et, parmi elles, la plus importante, le chemin de fer de Caracas.

Ce chemin de fer est terrifiant, car il est construit avec un mépris du danger etdes difficultés qui doit exclure chez le voyageur toute crainte d'échapper vivant à ud accident. On côtoie des précipices profonds à des hauteurs qui donnent le frisson ; la voie est étroite, et il n*y a de place que pour la largeur du wagon. — Je conseille aux gens qui ont le vertige de se placer à gauche dans le wagon en montant, ou à droite en descendant; on ne verra ainsi que le flanc de la montagne ; on ne sera pas réduit à se demander, comme je Tai fait, pendant le parcours, à quelle sauce... on serait broyé. Les courbes y sont follement exagérées, et les mécaniciens, habitués au danger ou plutôt n'y pensant pas, poussent leur machine plus vite qu'ils ne devraient le faire. On part de la Guayra à hui t heures et demie ; à onze heures et demie, on est rendu dans la capitale, jusqu'à présent généralement sans accident, mais, par un malheu^ reux hasard, comme dit le couplet, je suis arrivé trop tard pour y échapper. J'ai donc eu mon accident, léger, il est vrai, mais s'il était arrivé cent métrés plus loin, je n'aurais pu vous le décrire.

Penché à la fenêtre et sans crainte de vertige, j'examinais avec curiosité ce parcours de montagne russe, quand je vis devant moi, à un tournant plus élevé où nous devions passer plus tard, tomber un gros amas de terre sur la voie, dégageant un fort nuage de poussière, en même temps que j'aperçus deux ou trois chèvres se sauvant rapidement. La vision fut rapide, car le train

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