CHAPITRE XII
conlinuait sur une courbe. Je cherchai mâchiDalement le cordon qui traverse habituellement le train pour faire stopper; je ne le trouvai pasi J'allais me mettre à crier, mais voyant que le train roulait toujours à la même vitesse et pensant que le mécanicien, mieux placé que moi, avait dû voir Taccident et ferait le nécessaire, je me tins tranquille jusqu'à ce qu'une violente secousse me fît tomber sur mon voisin d'en face. Le mécanicien n'avait rien vu, et nous venions de nous enfoncer, la machine la première, dans un éboulis considérable, de terre heureusement, et dans une tranchée ! Arrêt forcé, descente des voyageurs; travail de déblaiement, train de secours, etc. Enfin, au bout de trois heures, sans accident autre que le devant de la machine broyé, nous reprenons nos places et arrivons à Caracas à deux heures.
La capitale du Venezuela s'étend dans une riche vallée dont la température uniforme et tempérée con-
tribue à la spontanéité de la végétation, et l'on voit dans son enceinte toutes sortes de plantes et de fleurs. Elle est arrosée par trois rivières qui courent dans des prairies vertes et fraîches. La température y oscille entre 10 et 30 degrés centigrades: Taltitude moyenne est de neuf cent vingt mètres au-dessus du niveau de la mer
Caracas est le berceau de Bolivar, et ce pays qui lui a du son indépendance ne peut passer pour professer l'ingratitude à l'égard de ce grand homme; c'est inimaginable ce qu'on lui a érigé de statues, de monuments, de trophées; il y a du Bolivar partout, sur les monnaies, sur les places publiques, sur les tramways,
sar les bouteilles et enfin jusqu^aux chapeaux, qui sont universellement connus sous le nom de bolivan et dont le commerce est considérable à Caracas.
La ville plait au premier abord : les anciennes rues, qui avaient conservé le caractère espagnol, ont été remplacées par de larges avenues, et aux murs sombres des couvents qui pullulaient autrefois ont suc» cédé des façades d'architecture moderne, dont le goût est discutable. Je dis : façades, car il arrive que derrière ces murs ornés de portes et de fenêtres soigneusement fermées en dedans, il n*y a qu'une vaste cour; ce n*est en quelque sorte qu*un paravent.
La pensée qui a guidé les architectes est logique; une fois la façade finie, la rue n'a plus besoin d'être obstruée ni salie, et l'intérieur peut ne se faire que plusieurs années après! Je dédie ce truc intelligente messieurs les architectes parisiens : en deux ou trois • mois la façade serait terminée, et la rue serait tout de suite débarrassée des échafaudages encombrants !
Caracas est éclairée au gaz et à l'électricité, les pavés et les trottoirs sont convenables. Au centre de la cité se dresse un bâtiment qui ne manque pas de grandeur, le Capitule national, formé de deux grands corps de logis, ayant au centre un jardin auquel on accède par deux grands portiques surélevés qui traversent le palais d'un côté à l'autre. On y remarque une salle des fêtes en hémicycle où les Présidents se font élire et qui a été le théâtre de bien des scènes curieuses. D'un côté da palais se trouve la Chambre des députés, de Tautre le pouvoir exécutif fédéral.
Parmi les monuments qui out leur cachet,, il faut