CHAPITRE XII
Les hommes de garde ne quittent jamais leur winchester, qui est chargé. On les voit, à la porte de la maison présidentielle, au nombre d'une vingtaine, assis sur des bancs, le fusil entre les jambes ! C'est d'ailleurs fort original.
Le Venezuela possède aussi des pêcheries de perles dans les îles Marguerite, Cubagua et Coche, mais elles commencent à se faire rares et ne valent pas celles d^ Panama; on y trouve aussi Técaille et des huîtres comestibles excellentes. Des villes importantes se sont fondées à Tintérieur, parmi lesquelles il faut citer : Ci udad Bolivar, Barcelona, Maracaîbo, Valencia; Tessor est donné, et si ce pays avait laissé s'établir un cours de change un peu élevé, les capitaux étrangers afflueraient, mais les Vénézuéliens sont égoïstes, ne tiennent pas à être gênés dans leurs affaires et en maintenant l'argent au pair ont bien su ce qu'ils faisaient. La civilisation étrangère ne pénétrera donc à l'intérieur du pays qu'avec lenteur; cela s'explique aussi par les conditions climatologiques, qui sont défavorables à nos pauvres constitutions. Les gouvernements font cependant ce qu'ils peuvent pour faciliter l'émigration et réclament surtout des Français, qui sont plus appréciés ici que les autres étrangers.
La France est signalée; je m'empresse de redescendre à la Guayra, où les deux cheminées rouges du transatlantique font battre mon cœur; je ne suis pas long à aller m'installer à bord.
II faut avoir vécu longtemps hors de son pays pour comprendre la joie intense que l'on éprouve à se trouver sur un navire français, sol bien mouvant, il
est vrai, mais qui eiHporte cependant, attaché à sa' quille, une parcelle de mousse ou de coquillage de la patrie lointaine.
Les officiers sont accueillants, le commandant Simon particulièrement aimable, la nourriture capable de me faire oublier onze mois d'empoisonnements successif; la mer est belle, le steamer commode et propre*
Carupano est notre première escale; c'est encore un port du Venezuela où le commerce du cacao est très important; la population, à part les Indiens, est presque tout entière corse. Nos compatriotes sont venus se fixer là et y ont prospéré. L'endroit est primitif; il n'y a ni port, ni wharf, et le cacao vient à bord de petits voiliers que les indigènes manœuvrent parfaite* ment. De loin le pays semble bien cultivé.
La Trinidad est notre deuxième arrêt. On voit tout de suite que nous sommes dans une possession' anglaise; la rade est couverte de navires; nous sommes mouillés à trois milles de la ville, car tl n'y a pas de fonds suffisants pour un navire comme la France,
La ville s'étend sur une plaine au pied de fertiles collines, et les maisons que j'aperçois, même de loin, ne peuvent nier leur origine; de près, c'est encore plus frappant. On se croirait transporté à la campagne, à vingt kilomètres de Londres, n'étaient les nègres qui constituent la principale population. La vie y semble agréable, car sur toutes les physionomies vous trouvez une expression de satisfaction. Vous vous croyez vraiment en Angleterre, les Anglais ayant l'habitude de transporter leurs pénates, leur « home » , partout où