‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 143 sur 157 · CHAPITRE XII. 2g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 2g

il^Tont; les magasins sont bien achalandés, la voirie e&t parfaitement entretenue, et, à part l'élément noir qui est désagréable à voir, c'est charmant. Des arbres séculaires donnent une fraîcheur nécessaire à Trinidad, qiii possède un immense terrain, appelé la Savane, où Ton joue à tous les jeux possibles et où se donnent des courses de chevaux très intéressantes; c'est en même temps le Paseo des jeunes misses de l'endroit.

Le palais du gouverneur est la plus belle maison de nie; elle est entourée d'un parc admirable et contigu au jardin botanique, le plus beau des Antilles.

Les villas, les maisons, ont toutes leurs jardins et leurs vergers remplis de fleurs et de fruits; c'est un petit paradis, et je comprends ce que me disait un Français établi depuis nombre d'années dans l'île, où il a fait sa fortune : (c Pour rien au monde je ne changerais, même pour retourner habiter en Europe! »

Le même jour, profitant du séjour de la France, je fus voir une des curiosités de l'île : une léproserie ! C'est un des rares points du globe ou on puisse visiter un de ces établissements.

Cette horrible maladie sévit dans les Antilles et dans les Guyanes; aussi l'établissement est-il en général fort habité.

L'hôpital des lépreux est assez éloigné de la ville et dans une position charmante, au fond d'une baie; il est tenu avec un soin extraordinaire ; on nous reçoit fort aimablement, et nous pouvons examiner avec attention cet asile où tant d'infortunés attendent la délivrance de leurs peines, que la mort seule peut leur apporter. Je ne veux pas décrire les monstruo-

sites ni les déformations de ces malheureux, marqués ainsi par la Providence , et qui semblent avoir été choisis par Elle comme victimes expiatoires des crimes de Thumanité; qu*il me suffise de vous dire que rien n*égale Tborreur que Ton ressent dans cet enfer, et que le cœur se soulève de dégoût et de repu** gnance. J'y ai vu, entre autres, une femme qui n^avait plus qu'une main à peu près saine, le reste du corps tombant en pourriture!...

Laissons ces tristes spectacles et ne gâtons pas la joie du retour par des descriptions auxquelles ma plume se refuse.

La France a quitté la Trinidad et sa civilisation avancée ; nous sortons de la mer intérieure où elle est située, par une des bouches du Dragon, — ainsi se nomme la passe, — et nous piquons au nord vers la Martinique. Laissant à notre gauche la Barbade, nous mouillons à Fort-de-France le lendemain au petit jour. Cette ville a été choisie fort improprement pour Tescale impor* tante de nos navires, car la véritable capitale de la Martinique est Saint-Pierre; mais la Compagnie transatlantique a construit un port, des bassins, ce qui ne peut exister à Saint<Pierre, où il y a peu d*eau dans la rade.

Fort-de-France, en dehors de sa population nègre, ne renferme que des employés civils ou militaires. Le contraste est violent avec la Trinidad, et pourtant notre colonie est riche, mais nous ne savons pas coloniser; quand nous allons à l'étranger, nous ne pensons qu'au retour; l'Anglais, au contraire, s'installe définitivement et confortablement ; je sais bien que les fonctionnaires

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