CHAPITRE II
de terre n*a pas tout détruit, ce qui est très rare» vou3 n^avez qu'à vendre votre première récolte, et votre fortune est faite!
Le paysage devient plus sauvage, tout en conservant son exubérante floraison ; le tracé est fort accidenté ; on traverse nombre de tunnels, courts il est vrai, mais le pittoresque y gagne, car à chaque débouché des souterrains la vue est charmante ; un ravin suit la voie en contre-bas, et un torrent écumeu^, que la ligne traverse sur un pont en fer de grande hardiesse, émaille de points vaporeux la roche noire qui fait obstacle à ses eaux rebondissantes ; les deux rives sont littéralement tapissées d^arbustes, d'arbres, de brousses verdoyantes dont la couleur stupéBe Tœil; les pentes s'accentuent; le train est traîné maintenant par une double locomotive, monstre à deux cheminées, gigantesque travail sorti du cerveau anglais, qui joint à la simplicité du mécanisme moteur une puissance énorme et une économique combustion de charbon ou de bois.
Paso del Macho, station enfouie sous la verdure, où nous croisons Texpress qui vient de Mexico et qui est en retard, n'offre de remarquable que ses fruits et ses jardins potagers. Nous venions de quitter ce lieu, quand le serre-frein, à qui la Compagnie, par mesure d'économie sans doute, a laissé ses vêtements de travail et qui est horriblement sale, vient sans façon me trouver dans le train, me tape sur Tépaule en me disant ce mot : « Magnifico îî , et m'entraîne sur la plateforme d'arrière pour me montrer une cascade assez importante qui se brise à deux cents mètres sous nos pieds et qui n'offre à mes yeux éblouis qu'une vision
brève, car un tunnel inkportun coupe court à mon ndmiratioû. Quelques minutes plus tard, le torrent réapparaît; il coule avec calme au milieu d'immenses forêts qui tapissent les flancs de ces montagnes.
Le train stoppe dix minutes à Atoyac. Buvette, Indiens, Indiennes en baillons, et toujours le cbapeau, le fameux chapeau ! C'est un petit coin de terre cbarmant, avec cette luxuriante verdure, ces roses, ces fleurs qui garnissent la terre sans lui permettre de montrer sa couleur brun rouge : la cloche sonne, nous roulons de nouveau sur un pont en fer, le plus curieux de la ligne, toujours à jour, bien entendu, sans parapet, sans même un chemin pour les ouvriers, qui sont obligés d^y passer de traverse en traverse avec un vide
effrayant au-dessous d'eux!
Cette fois, nous voilà en pleine région du café; c^est ici $on vrai domaine, car pendant une trentaine de kilomètres la voie est bordée de ce précieux végétal; un peu plus loin, la canne à sucre se montre timidement» car il lui faut plus d'eau qu'au café, et elle ne ^'épanouira qu'à Orizaba, où le liquide nourrisseur ne lui fera pas défaut.
Un arbre se dresse près de la voie : c'est une sorte de cèdre; je dislingue à merveille des orchidées délicieuses groupées sur son tronc et puisant dans la mousse qui en tapisse le pied l'humidité nécessaire pour naître, croître et mourir! Quelques oiseaux passent rapides à l'arrière du train ; le plumage me semble vif et coloré; la nuit vient très rapidement, pas de crépuscule; d'innombrables points brillants apparaissent dans l'ombre et s'évanouissent de suitCi