CHAPITRE II
d'aatres durent quelques secondes Ce sont des
vers luisants à Tétat de chrysalides qui traverseiit l'espace, laissant entrevoir leur frêle corps qui semblé une goutte d'acier en fusion. C'est d'un bien joli effet !
Nous franchissons là fameuse barranca de Mettlac, où la voie décrit un immense fer à cheval, tout en montant très à pic : en haut de la montée, voilà Cordoba, petite ville où l'on cultive lé gardénia en pleine terre, comme la pomme de terre! La gare est pleine de vendeuses de bouquets de cette délicieuse fleur qui se paye si cher chez Mlles Dallé. Pour un dollar vous avez un bouquet de quatre-vingts gardénias choisis.
Cela vaudrait de l'argent dans la plaine de Gennevilliers !
Orizaba, où nous arrivons vers dix heures du soir, est une grande ville, du moins la gare semble l'indiquer. Il fait vilain temps; il pleut. Je profite des vingt minutes d'arrêt pour télégraphier â Mexico qu'on m'envoie une voiture à la gare, et bien m'en a pris, comme on le verra !
Quelques minutes après notre départ de cette ville, nous voyons avec effroi le conducteur se précipiter dans le wagon ; nous croyons à un accident. C'est un aguacero ({\i\ se prépare, et il faut fermer toutes les fenêtres, les ventilateurs, les portes, tout!
En moins de temps qu'il n'en faut pour écrire ce mot mexicain, un éclair brille, un coup de tonnerre résonne, et il se met à tomber une pluie, mais une de: ces pluies dont on ne peut se faire une idée et qu'il est presque impossible de décrire. Figurez-vous des lames de pluie se précipitant des nuages, en direction oblique<
presque toujours, et se déversant sans arrêt pendant deux heures, les gouttes d'eau grosses comme des noix ! En un clin d'oeil la voie est un torrent, la locomotive clapote dans Peau en profilant des éclaboussures de tous côtés. I^a pluie pénètre partout; il y a une fissure au plafond du wagon, Teau en profite pour s'introduire subrepticement dans notre compagnie» et le compartiment lui-même se transforme en lac.
Des décharges de mousqueterîe résonnent sur les vitres, mais le grêlon n'est pas froid, et sitôt qu'il touche un obstacle, il se fond de suite, heureusement
Que d'eau, que d'eau !
Le pays est sous l'eau aussi loin que la vue peut s'étendre !
A Esperanza, cette débauche de liquide cesse, et nous pouvons descendre prendre part à un magnifique souper commandé par télégraphe par notre imprésario. Repas gai et assez mangeable, le buffet étant tenu par un ménage français qui marche rapidement sur le chemin de la fortune.
Au moment de repartir, le chef de gare nous prévient qu'un train de marchandises est en panne sur notre route à dix kilomètres de la station, la machine ayant subi une avarie. On se ren tasse dans le wagon, et on s'endort.
A cinq heures du matin, le train entre en gare de Mexico. II tombe une pluie fine réduite en poussière... ma voiture est là. C'est d'ailleurs la seule!
II fait froid, la ville me paraît affreuse, le pavé navrant, l'éclairage plus que timide et la voiture parfaitement sale. Eu peu de temps j'arrive à l'hôtel Itur-