CHAPITRE II
bide. Je trouve une chambre toute préparée, et je m'enfouis sous mes couvertures.
Mexico est une grande ville régulièrement bâtie sur le plan américain, avec ses rues qui se coupent à angle droit et généralement très mal pavées : les tramways s'y sont multipliés comme la manne dans le désert ; dans chaque rue il y a une voie ferrée où circulent, à une vitesse qui fait frémir, des quantités de ces commodes véhicules appelés ici cars, traînés par de petites mules fort bien nourries, semble-t-il, et qui ne connaissent qu'une allure, le galop : elles parcourent ainsi toutes les lignes, le conducteur ne tenant presque jamais ses rênes, car il souffle de la trompe de la main gauche et serre le frein de la main droite. C'est à peine s'il ralentit aux intersections des rues : les cars se suivent en général deux par deux, car il y a une division de classe dans les tramways, ce qui pour un pays libre et démocratique peut paraître excessif; mais les Indiens à peau rouge ne sont pas assez fortu* nés pour payer le prix de la première classe, et les blancs ne désirent aucunement avoir à leur côté des compagnons de voyage aussi mal tenus. Les cars de la première classe sont peints en jaune, ceux de la seconde en vert; les prix dépendent des distances souvent grandes, les lignes s'étendant dans la banlieue et au delà : cela varie de cinq sous à un franc. Il y a aussi, et c'est là que Ton reconnaît l'influence du voisinage des États-Unis, des cars de marchandises et des cars funèbres, et il m'est arrivé fréquemment de rencontrer dans les rues un car couvert de fleurs, orné de draperies noires et conduisant un mort à sa dernière de-
meure. Le cimetière est loin, et on marche rondement r derrière viennent d'autres cars de première classe, garnis de rideaux noirs, où sont la famille et les invités et conduits par des cochers en livrée noire, chapeau à cocarde. C'est Tomnibus funéraire d'ici. D'ailleurs, riches ou pauvres passent par le car : c'est la pompe funèbre simpliBée, car ici comme en Espagne le corps ne va jamais à l'église.
Une innovation qui serait précieuse à Paris est celle des cars particuliers. Moyennant cinq à dix dollars, on peut louer pour la journée un car avec deux mules qui vous transporte où vous voulez, vous et vos invités, sur toutes les lignes, partout où vous voulez aller. Une étiquette avec le mot ce spéciale) empêche le public de monter sur votre véhicule. N'est-ce pas parfait, pratique, commode, et ne devrait-on pas déjà avoir installé ce système chez nous ?
J'ai commencé mes excursions à travers Mexico : ma première impression de la nuit s'est dissipée; il fait un beau soleil, le ciel est bleu, l'air parait sain, on respire à pleins poumons : nous sommes à 2,800 mètres au-dessus du niveau de la mer, et, pour des gens accoutumés à l'air méphitique des rives de notre pauvre Seine si contaminée par les nombreux poisons dont on la sature, peut-être éprouve-t-on d'abord une sorte d'oppression, mais, au bout de cinq ou six jours, cela disparaît, et le poumon dilaté se réjouit de prendre uu baîu d'oxygène aussi chimiquement pur.
L'hôtel que j'habite est un grand palais ancien où a logé un de ces infortunés monarques qui ont marqué d'un point rouge l'histoire du Mexique.