CHAPITRE II
pour trois francs. Quant aux voitures bleues, c'est convenable : elles ressemblent aux voitures de cercle ; les chevaux sont robustes, bien nourris, bien soignés, bien conduits, l^s cochers propres et plus intelligents. Tout va en proportion, et Theure coûte cinq francs. Chaque classe porte un petit drapeau de sa couleur qui indique s'il est libre ou non. La question du pourboire est la même dans le monde entier, mais le cocher mexicain sait réclamer son pourboire sur un ton qui admet d'autant moins de réplique qu'à Mexico tout le monde, sans exception, porte un revolver et quMl est notoire qu'une querelle est vite commencée et non moins vite terminée, grâce à cet argument puissant. Alors on s'exécute très facilement, et si cet homme libre ne craint pas d'accepter un pourboire, ne croyez pas qu'il s'abaissera à vous dire merci : vous n'enten* drez jamais cette douce parole.
En continuant ma promenade, rendue difficile par i'affluence des passants, j'ai la bonne fortune de rencontrer le chargé d'affaires de France, M. Boulard Pouqueville, le plus aimable des hommes. Il est à Mexico depuis trois ans, et, grâce à ses efforts persévérants, l'intluence française est très prépondérante à Mexico. Il est d'ailleurs très estimé par le gouvernement mexicain et adoré de toute la colonie française. Il a fondé une école française qui marche admirablement. Grâce à lui, mon séjour à Mexico me laissera un fort agréable souvenir.
Nous allons ensemble voir la cathédrale, située sur la Plaza Mayor; c'est un monument imposant, intéressant, car la façade en est double, c'est-à-dire qu'il y a
dçux églises juxtaposées ayant chacune un style différent. Elle est construite sur remplacement même de Tancien temple des Aztèques détruit par Hernan Cortez peu après la prise de la ville surMonté^uma. Si Tart du sculpteur s'est laissé aller à la fantaisie la plus échevelée sur le portail et sur la façade» la date de 1573» époque où elle fut commencée, se lit sur les contours de ces arabesques finement ciselées» de ces statuettes joliment modelées. On retrouve sur quelques églises d'Espagne ces découpures hardies , ces sculptures ambitieuses dans la pierre; on voit la main d'un de ces artistes que la conquête a amené avec elle et qui a étudié tous les styles communs à cette époque. Deux hautes tours, terminées par deux cloches en pierre monumentales qui les recouvrent comme d'un chapeau, élèvent un peu la façade et l'allègent. L'intérieur de la cathédrale est d'une richesse prodigieuse; de superbes colonnes soutiennent un dôme élevé» au centre de la croix latine; l'or» le marbre et l'argent se rencon* trent dans la cathédrale avec peut-être plus de profusion quedans certaines mines. Une balustrade en argent massif» d'un prix fabuleux» joint le chœur au maîtreautel, qui est une heureuse copie de celui de Séville.
Sous une dalle» dans une des chapelles» se trouvent, ensevelis ensemble» le curé Hidalgo» les officiers Allenda» Aldama et Jimenez» quatre ardents patriotes qui avaient cru pouvoir essayer de renverser le pouvoir des vice-rois et proclamer Tindépendance du Mexique. Ils furent fusillés en juillet 1811. Naturellement» après la proclamation de la République» ils furent enterrés dans la cathédrale» et» par une singulière coin-