CHAPITRE II
maisons à deux et trois étages qui reposent sur des arcades sous lesquelles s*ouvrent de beaux magasins de modes, de nouveautés, de confections; les proprié^ taires de ces maisons, toutesprospères, sontdes Français, la plupart d'entre eux originaires de Barcelonnette , dans les Basses-Alpes. Ils sont venus jadis pauvres, et ils forment actuellement une colonie extrêmement riche de négociants qui se soutiennent entre eux et font régulièrement venir de leur pays d'origine des compatriotes qui, eux aussi, feront un jour leur fortune.
Le mouvement de cette place, où circulent des quantités decars, oùgrouille une foule d'Indiens de tout sexe, réjouit Tœil; cela a de la couleur, du cachet; les rues sont pleines de vie; on sent battre les artères d'une grande cité; mais le détail choque; l'ensemble est remarquable, mais les rues sont mal pavées; il n'y a aucun arrosage public, pas d'égouts, et quand il pleut, la ville est impraticable. Le Conseil municipal semble cependant se remuer un peu, car il vient de faire démolir tout un bloc qui obstruait une des meilleures rues de la ville; il n'est pas ennemi du progrès, mais tout se fait si lentement ici qu'il suit le mouvement. Le palais de l'Ayuntamiento, très simple extérieurement, — il donne sur la place, — est fort bien agencé, et l'aménagement en est luxueux; il y a surtout une belle salle du Conseil et une remarquable collection de portraits anciens dont quelques-uns sont de vrais chefsd'œuvre. Le dernier côté de la place est également bordé par des arcades où se trouvent des magasins, des chapeliers surtout, et des masses de vendeurs ambulants de sucreries, de journaux, de bibelots de fantai-
sie, etc. ; rindien y coadoie TAnglais, et toutes les^ races du inonde s'y voient. Il faut faire attention à son portefeuille , car c'est le rendez-vous des rateros, voleurs à la tire qui ont la réputation d'être des plus habiles; le chef de la police de ^ew- York, en prome* nade à Mexico, y a été dépouillé, quelques semaines avant mon arrivée, de sa montre, de son portefeuille, de ses deux bagues, de ses gants et de son cure-dents monté en or, sans qu'il s'en fût aperçu, pendant une bousculade.
Je rentre à l'hôtel par la rue San Francisco, qui porte ici le nom de Galle Plateros. Sur le côté gauche, il n*y a que des bijoutiers, des marchands démontres, et des vendeurs d'articles de Paris; tout cela est scintillant, surtout le magasin de l'Esmeralda, dont les vitrines sont certainement plus agréables à voir que la façade de l'établissement, décoré avec un luxe très tire l'œil, qui serait fort peu apprécié sur les boulevards, mais qui est nécessaire ici. On pourrait croire qu'on peut y trouver de belles pierres, perles ou autres, mais il n'en est rien; toutes les marchandises viennent de Paris et sont très ordinaires, ce qui s'explique jusqu'à un certain point : les familles riches du Mexique, allant souvent en Europe, y font leurs achats. A deux pas de cet opulent bijoutier, je passe devant la droguerie de la Profesa ; quel établissement! C'est vaste, spacieux, et on y vend depuis de l'eau de mélisse jusqu'à des appareils photographiques et des papiers peints. Cela n'a pas son équivalent en France, où nos modestes droguistes en sont encore aux simples et à la guimauve.