CHAPITRE II
Je trouve en entrant une incitation à la fête extraordinaire du couronnement de la Vierge de la Guadeloupe, qui doit avoir lieu demain 1 octobre. L^histoire de cette image miraculeuse, et vénérée comme telle ^anstout le Mexique, vaut la peine d'être racontée.
Le 9 décembre 1851, un Indien appelé Juan Diego, de Tolpetlac, était allé à Tlaltelolco pour y entendre la messe à Téglise de Santiago. Il était arrivé à mi-côte du mont Tepegacac, quand une apparition frappa ses regards étonnés, en même temps qu'une musique harmonieuse se faisait entendre sans qu'il pût apercevoir trace d'instrumentistes sur cette montagne ardue et pelée. Une femme toute vêtue de blanc, couronnée d'une auréole, était devant lui; il se prosterna, et il entendit une voix qui lui enjoignait d'aller trouver Tévêque du diocèse et de lui donner l'ordre de sa part de bâtir une église sur l'emplacement où elle se trouvait, puis elle disparut. L'Indien, tout ému, s'empressa de s'acquitter de sa mission, mais l'évêque, Mgr Zumarraga, le reçut fort mal, ne pouvant croire à cette histoire. Diego retourna à la montagne et retrouva l'apparition à la même place; il lui raconta l'insuccès de son voyage, et il reçut comme réponse de revenir le lendemain à la même heure ; puis la vision s'évapora. Le jour suivant, fidèle à sa promesse, le pauvre homme revint; de nouveau on lui dit d'aller visiter l'évêque, et d'insister avec plus de force; ce qui fut fait avec zèle, mais Tévêque, toujours incrédule, lui demanda de rapporter une preuve et le fit suivre par deux de Bes serviteurs. Diego sut tromper leur surveillance, et rendit compte à l'apparition de ce que l'évêque exi-
geait; elle lui fit jurer de revenir le lendemaia en lui affirmant qu'il aurait une preuve.
L'Indien retourna à son domicile et trouva son oncle» avec qui il habitait, en grand danger de mort. Il le veilla pendant plusieurs jours, mais comme son état s'aggravait, il se vit forcé de courir à la ville chercher un confesseur; afin de ne pas être retardé et craignant de rencontrer l'apparition , il changea sa route et força le pas; mais à peine avait-il fait cent mètres qu'elle se présenta à lui. 11 lui raconta la maladie de son oncle et s'excusa d'avoir manqué au ren-* dez-vous; la dame lui répondit qu'à cet instant même son oncle était guéri, et elle lui demanda de lui donner quelques fleurs. Diego s'étonna, car il lui parut impossible de répondre à ce désir, l'endroit où ils se trouvaient étant sauvage et aride; mais quel ne fut pas son étonnement, en regardant à ses pieds, d*y voir des roses et d'autres fleurs dont les tiges sortaient du roc! Tout joyeux, il les cueillit et les mit à même dans son tilma, sorte de pièce de toile grossière avec un trou au centre où l'on passe la tète et qui retombe droit par devant et par derrière. L'apparition lui prescrivit de ne montrer ces fleurs qu'à l'évêque seul, en lui disant que c'était la preuve demandée, et elle s'évanouit, laissant voir, à la place même où elle se trouvait, une excavation dans la montagne d'où se mit à jaillir^ devant les yeux de l'Indien stupéfait, une source d'eau claire et limpide.
Le paysan s'en fut rapidement chez l'évêque, qui^ le prenant pour un imposteur, s'apprêtait à le faire châtier sévèrement, quand il laissa tomber le pan dç