CHAPITRE II. 4S
sa tilma devant le prélat, et une masse de fleurs vint joncher le plancher. De plus» ô miracle» sur la toile grossière se voyait, peinte en couleurs éclatantes, rimage de la sainte Vierge, telle qu'on la vénère encore aujourd'hui. Il ne fut plus permis à Tévéquede douter : il prit la précieuse étoffe et la plaça dans son oratoire; Diego retourna à la maison et trouva son oncle complètement guéri à Theure juste où on le lui avait annoncé.
L'église fut construite à l'endroit même où les roses avaient poussé dans le roc ; Diego et son oncle furent nommés gardiens de l'église et le tilma placé sur l'autel ; plus tard, grâce aux dons des fidèles, la petite chapelle devenait la magnifique église où nous devions assister à une des plus belles et plus émouvantes cérémonies que j'avais jamais vues. Une des particularités les plus extraordinaires de cette histoire, c'est que les couleurs de la peinture sont aujourd'hui exactement aussi fraîches qu'elles l'étaient il y a trois cents ans. De nombreux experts ont examiné avec soin cette œuvre unique; ils n'ont pu dire comment les peintures ont été faites sur ce grossier tissu en fibre de cactus, ni quel genre de couleurs on a employé, ni comment elles avaient pu être préparées et étendues. Il y a, parait-il, quatre sortes de peintures employées.
12 octobre. — La cérémonie du couronnement a lieu aujourd'hui; à sept heures je suis exact au rendez* vous. que m'a assigné chez lui mon ami M. de Y..« A sa porte stationne un car spécial attelé de deux fringantes mules, qui semblent impatientes d'arpenter le pavé de Mexico, car il y en a une qui rue et menace
de tout casser, ce qui presse notre départ. Nous sommes six : Mme de M''^**, ses deui filles, son Gis, mon hôte et moi.
Notre car va tout d'abord à la Plaza, où il doit être aiguillé sur la Guadeloupe. Là, nous sommes un instant arrêtés par une grande quantité de tramways qui finissent par nous laisser passer, — nous sommes u spécial car », — et nous roulons, quelques minutes après, au grandissime galop sur la belle avenue qui va au petit viMage où est bâtie Téglise, à six kilomètres environ de la ville. C'est là que fut signé en 1848, le 2 février, le traité de paix entre le Mexique et les États-Unis.
La banlieue de Mexico, ainsi que toute la vallée, est charmante; la vue s'étend jusqu'au géant Popocatepelt, dont la cime toujours blanche contraste agréablement avec les verdoyantes couleurs qui le tapissent de bas en haut.
La route est littéralement couverte de monde. Indiens en majorité, qui vont pieds nus, en haillons, moitié nus; femmes, enfants, vieillards, tous se traînent dans la poussière suffocante qu'ils soulèvent : puis voici, chevauchant, des cavaliers, portant le costume mexicain des jours de fête, solidement assis sur leurs selles resplendissantes d'ornements en argent, et activant de leurs lourds et démesurément longs éperons les flancs de leurs chevaux, qui tous ont cette allure déplaisante et très en vogue ici du piafiage. ' Nous croisons des voitures de toutes formes, de toutes sortes, depuis la vieille charrette indigène à quatre roues grossièrement découpées dans un bloc de