‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 25 sur 157 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

bois, jusqu'au phaéton américain deroier modèle, légère araignée que le cheval traîne sans effort, et qui donne sur ces routes mal entretenues Tillusion d'une promenade en canot sur une mer houleuse; puis, ce sont, le long du chemin, des marchands ambulants qui tiennent sous le bras un baquet en fer-blanc ou en terre, dont ils puisent avec une petite mesure en bois le breuvage à la fois nauséabond, alcoolique, salé, désagréable au palais, mais hygiénique, qu'on appelle le pulque. Cette boisson est saine à condition d'en boire modérément; à forte dose, elle devient excitante et affolante : alors les navajas s'ouvrent seules, et bientôt le sang coule.

Un peu plus loin commence l'interminable chapelet des vendeurs d'images, d'objets de sainteté, la plupart d'entre eux Juifs misérables qui semblent chercher à se faire pardonner leur crime de jadis en débitant une marchandise qui leur rappelle la faute commise, il y a quelque dix-neuf siècles. Je me rappelle à ce propos un mot qui m'a été dit il y a quelques années dans un cercle de Paris où, malgré les règlements, on causait religion. Comme je mettais une certaine vivacité à défendre un point de dogme, un de mes collègues, Israélite déjà âgé, me dit : « Vous autres catholiques, vous êtes animés contre les Juifs de singulières préventions, mais vous oubliez que sans la... maladresse que notre race a commise vous seriez, comme nous, tous Juifs ! r Je jugeai inutile de relever cette explication brutale, mais le mot maladresse me parut une trouvaille !

• A Mexico, il y a un grand nombre de coreligion-

Daîres de mon interlocuteur, mais malheureusement pour eux la fortune ne leur a pas été favorable.

L^enchevètrement sur la roule devient plus com* pact, surtout aux abords de Téglise cathédrale où est la précieuse image; toutes les portes sont closes hermé* tiquement : des voitures, des tramn/ays, jusqu'à un train de chemin de fer qui est arrêté au niveau de la. route, une foule de piétons qui ne peut ni avancer ni reculer, et où les^ rateros doivent faire de belles recettes; des gardes de police à cheval qui sont incapables de bouger^ des drapeaux aux. fenêtres, des arcs de triomphe en feuillage, une exubérance, une joie, en somme une grande manifestation religieuse qui aurait semblé une impossibilité il y a cinq ans !

J'arrive avec mes amis à une des portes de derrière du temple; elle est fermée, mais elle s'entrebâille pour laisser entrer les évoques qui se présentent; il y en a environ quarante. Je profite de cette poussée pour prononcer le mot : a corps diplomatique » , me souvenant à propos que M. de Y... représente le Mexique à l'étranger. A ce mot magique, la foule s'écarte, et nous pénétrons à la suite des évéques : nous sommes dans la place !

Grâce à cette présence d'esprit (je ne suis pas modeste en cette circonstance), un des commissaires nous accompagne et nous place au milieu du clergé sur des chaises réservées : le plus comique de l'affaire est que le corps diplomatique n'avait pas du tout été convié à cette cérémonie; mais le ton avec lequel je demandais nos places n'admettait pas de réplique, et le pauvre commissaire est resté convaincu que nous

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