‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 26 sur 157 · CHAPITRE II. â · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. â

ations droit à ces honneurs spéciaux. Nous voilà donc placés, M. de Y..., le jeune de M... et moi, au milieu de deux cents prêtres en surplis. Quant à ces dames, elles avaient été emmenées à des bancs réservés au beau sexe.

L'église commence à se remplir; pendant ce temps j'examine curieusement cette immense cathédrale que Ton vient d'ériger en l'honneur de la Vierge de la Guadeloupe et qu'on va inaugurer. La nef en esi haute, et le maitre-autel, sur lequel est placée l'image miraculeuse, est tout en marbre blanc, fort beau et très surélevé; mais les ors sont très neufs, et les plafonds sont d'un bleu à navrer l'azur de la Méditerranée! Il y a trois travées, et c'est, au point de vue architecture, une belle œuvre !

Une porte de la sacristie s'ouvre, et nous voyons^ s'avancer» suivis de leurs sous-diacres, quarante évéques ou archevêques en mitre, la crosse à la main,, qui viennent s'asseoir sur les fauteuils placés en hémicycle devant le maitre-autel ; la cérémonie débute par une messe pontificale dite par l'archevêque de Mexico^ grand et puissant vieillard. A Tissue de la messe, la couronne, travail d'art merveilleux, ornée de pierres fines et précieuses, exécutée à Paris par un de nos plus célèbres orfèvres, est apportée par seize dames appartenant aux meilleures familles de Mexico sur l'autel où le prélat la bénit, puis une procession se forme et fait le tour extérieur de l'église avec les évéques et la plupart des assistants.

A la rentrée se passe une scène inoubliable. Le^ vieil archevêque était monté avec peine sur l'échafau-

dage placé au-dessus de l'autel; uué fois là, il se mit à genoux devant rimage miraculeuse, la baisa pieusement, et, se relevant, saisit la couronne que lui tendait un autre évéque ; avec son aide, il Taccrocha à la tringle placée au-dessus de la ièie de la Mère du Christ, puis se laissa tomber à genoux. Alors, par un mouvement spontané d'émotion indicible, un fait se produisit qui n'a jamais eu de pendant, que je sache, sauf à Rome quand le pape apparaît dans Saint-Pien*e, des applaudissements frénétiques retentissent dans tout le temple ; tout le monde est debout, hurlant des « vivats y* , les cloches sonnent à la volée, les orgues et les musiques éclatent, les voûtes retentissent comme des caisses vides sur lesquelles on frappe, et un enthousiasme fou trouble le silence de l'église pendant plus de cinq minutes...

Le tumulte a cessé, la cérémonie est terminée, et nous reprenons le chemin de Mexico avec peine, car la voie du tramway est littéralement encombrée : trois cent soixante-quatre cars sont sur la voi& montante, nous dit notre conducteur. Nous stationnons une bonne heure, et à trois heures j'étais de retour à l'hôtel.

Cette fête religieuse a été tolérée par le gouvernement, qui, malgré les protestations de journaux libres penseurs, a jugé qu'il n'y avait qu'avantage pour lui de laisser le pauvre Indien manifester sa superstition et de rendre ainsi plus populaire encore le Président de la République. Le gouverneur de la ville assistait à la fête, officieusement, bien entendu, la séparation de l'Église et de l'État étant à Mexico un acte accompli depuis longtemps.

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