‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 27 sur 157 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

, Je recois une carte d'inritation de deux mois au Jockey-Club, le cercle le plus élégant de Mexico et fort bien installé. Il occupe un ^aste hôtel situé au centre de la calle San Francisco, et peut être considéré eomme la plus jolie maison de la rille : la façade est tout entièrement ornée de carreaux de faïence polychrome anciens d*un effet ravissant ; la cour est dans le même style, et un escalier monumental, décoré de plaques de faïence de grande valeur, conduit au premier étage où sont de beaux salons. C'est un club très confortable, bien aménagé, possédant une jolie bibliothèque où Ton trouve les journaux du monde entier, et une bonne table. Le baccara y fleurit dans toute sa cherté, car il est difficile de trouver, même à Paris, des parties aussi fortes. La plus petite banque est en général de cinq mille piastres : on est tellement accoutumé ici à regarder le dollar argent comme T unité de monnaie, qu'on le considère comme une pièce de vingt sous !

Le poker, qui a aussi de nombreux amateurs, s'y joue fort cher, mais comme ce sont presque toujours les mêmes, au bout de Tannée cela doit se balancer. Je tiens à remercier ici ces messieurs de Taccueil particulièrement aimable qu'ils ont bien voulu me faire.

Je causais, il y a deux jours, avec un vieux Mexicain qui aime bien son pays, mais qui a vécu longtemps à Paris et à Londres; nous parlions de la vie d'ici.

De nombreuses familles de la vieille aristocratie mexicaine vivent très retirées dans de somptueuses demeures, avec chevaux, voitures, beaucoup de dômes-

tiques; il y a peu de soirées, peu de réunions intimes^ jamais 011 presque jamais de dîners ; on ne recherche pas les occasions de se ifoir, d'échanger ses idées, ses pensées; la vie sociale, mondaine, n'existe pour ainsi dire, pas, à part quelques personnes qui ont pu se créer une petite coterie, mais c'est une exception. On vit beaucoup en famille, ce qui est moral, mais les femmes sont bien souvent seules, les hommes allant à leurs affaires, à leurs haciendas, au club ; les concerts, les bals sont rares, peut-être en tout une dizaine par an. L'opéra italien amène du monde très élégant au théâtre National pendant les vingt premières représentations ; mais après ce laps, fini !

La vieille coutume espagnole règne encore ici comme en Andalousie : la femme mariée est l'âme du foyer, de la maison, elle ne doit en sortir que pour l'achat utile et indispensable, pour prendre un peu l'air et pour faire quelques visites. Elle se consacre, à la maison, à soigner les enfants après les avoir mis au monde, ce qui arrive en général tous les onze mois, à faire entretenir le ménage et la maison de telle façon que le mari, en rentrant, puisse approuver et non blâmer, et à passer ce qui lui restera de temps disponible sur une chaise à bascule où, sans rien faire, elle laissera son esprit errer paresseusement dans le domaine du vide : ce n'est pas à dire que la femme mexicaine ne soit pas intelligente, vive et spirituelle, loin de là, mais Ae Jiirmente est un tentateur bien séduisant...

Les Mexicains, de même que les Espagnols, ne sont pas ce que l'on peut appeler de mauvais époux, mais ils ne pourront jamais arriver à concevoir pour la

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