CHAPITRE II
femme le même sentiment que nous éprouvons, nous autres Français : ils la considèrent un peu trop comme une ville conquise et soumise qu*on entoure de forte* resses pour la défendre contre Tequemî qui peut venir ; il ne croit pas que la femme puisse participer davantage à sa vie, ni s'intéresser à ses affaires. Nous considérons, nous, réponse comme un être gracieux, charmant, coquet, à qui, en plus de Fobligation contractée par le mariage, nous devons consacrer le plus de notre temps, en cherchant à lui rendre la vie agréable, et non à en faire seulement une mère et une ménagère. La femme mariée doit pouvoir trouver des occasions de cultiver son éducation, d'affiner les dons naturels de son esprit, mais il faut pour cela qu'elle vive dans un milieu où elle en trouve les moyens. Les réunions fréquentes des gens de la même classe suffisent à cela, et cela serait facile à Mexico.
Les Maures considéraient le mariage comme une association qui se limitait aux plaisirs sensuels qu'ils trouvaient près de leurs femmes> et aux soins domestiques qui leur assuraient la vie matérielle et le confortable relatif de l'époque; mais jamais la femme ne prenait place à la table de l'époux, jamais elle ne savait rien des faits et gestes de son maître et seigneur. Aucune culture de l'intelligence ne paraissait à ce moment nécessaire à la femme. La civilisation a détruit en partie ces théories, qui consistaient à faire de la femme un être inférieur à l'homme, principe en général faux, car souvent, pour ne pas dire toujours, la femme voit plus clair que l'homme : cependant on trouve encore en Espagne et au Mexique des gens qui
54 ONZE ilOIS AU MEXIQUE.
TOUS diront que la femode n'a pas besoin d'être très instruite pour être une bonne et Bdële compagne, et •que» d'ailleurs, les lectures sont mauvaises.
Ce raisonnement est le comble de Pégoîsme ; en pareil cas il serait, je pense, équitable de consulter le principal intéressé, la femme, et de connaître son opinion à cet égard.
La femme mariée, en Espagne, au Mexique et dans les Amériques espagnoles, mène une vie tout à fait différente des femmes des autres nations. La jeune fille mexicaine, par exemple, sait très bien qu'une fois mariée, elle n'aura plus d'occasion de se divertir, après avoir lié sa destinée avec un mari qui aime beaucoup sa femme et en est aimé, mais qui a priori en est jaloux, ce qui est le cas de quatre-vingt-dix-sept Mexicains sur cent. Les trois qui restent sont très européanisés et ont abandonné ces sentiments du moyen âge dont le musée de Cluny a conservé quelques traces.
Les Français et les Anglais, comme tous les Européens, moins les Espagnols et les Italiens, sont jaloux, mais sans ostentation. En France, le mariage est l'idéal de la vie pour une jeune fille; je connais nombre de jeunes personnes mexicaines et espagnoles qui regrettent, depuis qu'elles sont mariées, le temps où elles pouvaient danser : dans ces pays, la femme mariée ne danse que rarement; ce n'est pas l'habitude !
La femme, à Mexico, se lève tard, s'habille avec goût, et va, de onze heures à une heure, courir les magasins, puis rentre chez elle, se met en peignoir, ôte son corset (je demande pardon de ce détail, mais il est en général habituel), déjeune et se repose jus-