‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 35 sur 157 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

peaux de vaches et de bœufs. Dans le lointain, à l'horizon, se détache une série de collines mamelonnées qui vont se rattacher à la chaîne des collines déjà élevées de l'État d'Hidalgo.

Notre train de cars s'arrête à une station poudreuse où de misérables Indiens, philosophiquement paresseux, contemplent avec un dédain qui est plutôt de l'abrutissement ces véhicules légers et rapides. Des enfants nus grouillent dans la poussière, pendant que des arrieros, surveillant des convois de mules chargées, boivent du pulque que leur versent d'horribles mégères dans les traits desquelles mon œil déjà exercé d'américaniste croit découvrir une similitude avec les faciès

des Indiens de la race Maia AnaveixtI-BarachiItz...

je m'arrête, j'allais continuer ma description en langage Anahuac, et nous ne sommes plus au Congrès.

Churubusco... nos cars sont décrochés et nous reprenons des mules qui nous emmènent sur la droite, tandis que le train file à Tlalpam. La voie suit un joli sentier à travers des champs de pulque, ou mieux de maguey, car pulque est la boisson et maguey la plante, sorte d'iouka très épanoui dont les longues feuilles dures et épaisses semblent sortir d'un tronc enfoui sous la terre et se termine par une pointe terriblement effilée : des arbres garnissent la voie, et, au bout d'un quart d'heure, nous débouchons sur une belle place plantée d'immenses frênes : nous sommes à Coyoacan, village où fut s'installer Cortez après la conquête, et dont il fit le siège de son gouvernement. C'est de là que le célèbre guerrier dirigea tous les travaux de construction de la ville de Mexico, qu'il avait préalable-

ment détruite. La maison où il vivait est occupée par une boutique de vins et d'épicerie, et malheureusement il n'en existe plus que les façades, qui n*ont rien de bien curieux; le palais du gouvernement n*est pas mieux conservé et sert à la municipalité pour y remiser ses charrettes : aucun vestige de son ancienne splendeur, sauf les armoiries du conquérant gravées sur la porte.

Dans un recoin de la cour intérieure, sous une voûte obscure, reste d'une ancienne chapelle, une dizaine de femmes semblent se livrer à des opérations bizarres; des feux brillent dans le fond sombre: on dirait une réunion de sorcières à un sabbat; après examen, ce sont tout bonnement des femmes de travailleurs qui font cuire leurs aliments; chacune a son petit foyer, sur lequel, dans une marmite, cuisent les frijoles (haricots) et, devant elle, la pierre de granit où elle va écraser son maïs pour en faire la tortilla, seul pain des Indiens. Des marmots tout nus grouillent à leur côté, et le tout forme un tableau capable de séduire un peintre; hélas ! je ne suis que photographe, et il me faudrait les rayons X pour fouiller les replis obscurs et opaques de ce réduit noir et enfumé; la scène n'en est pas moins fort pittoresque.

Le monument le plus intéressant de Coyoacan est sans contredit l'église Saint-Jean-Baptiste, fondée en 1530, dont le préau, orné de superbes arbres, conserve une grande croix en bois érigée par le conquérant.

Nos cars nous attendent, car il est dix heures, et la faim commence à se faire sentir; un grand banquet

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