‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 37 sur 157 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

subitement éclate la J/ar6*^i7/ai^<?. Alors ce ne sont plus de simples applaudissements : c'est du délire» de Tenthousiasme; on fait bisser notre chant national » et tous les verres se tendent vers les deux seuls Français présents, le chargé d'affaires de France et moi !

Le délégué de l'Allemagne se tourne vers nous el lève son verre de la façon la plus courtoise : tout le monde est ravi, y compris nous! C'est beau» la fraternité des peuples ! Nous attendons maintenant l'hymne allemand, mais les musiciens ne le savent pas par cœur« comme ils savent les autres, et ne peuvent le jouer n'ayant pas apporté la musique. Mentalement j'adressai un chaleureux remerciement au chef d'orchestre.

Il fallut enfin s'arracher à cette agape, et avec quel." ques américanistes intrépides nous montons sur la plate-forme qui domine le château et où l'on a installé un observatoire météorologique avec coupole tournante et lunette astronomique pour les élèves de l'école!

Vue inouïe ! Devant nous s'étale la vallée de Mexico, d'où surgit au centre la ville aux cent clochers, assise au milieu de verts pâturages, bordée au loin par les eaux bleutées du lac de Texcoco, qui semble la baigner et qui dans le temps jadis l'entourait de ses flots tranquilles. De grandes avenues partent de la ville et s'étendent au loin dans la banlieue, semblant les pattes vertes d'une gigantesque araignée blanche; des collines, basses d'abord, vont s'étageant jusqu'à gagner les contreforts des hautes montagnes, d'où s'échappent, pour dominer cet ensemble merveilleux, les deux grandes cimes aux neiges éternelles, éblouissantes de reflets argentés, le Popocatepelt et l'Ixtacihuatl. L'air

est pur, d^une transparence diaphane ; on respire à pleins poumons; le ciel est dégagé de nuages, et rien ne trouble la sérénité grandiose et riante tout à la fois du splendide panorama qui ravit nos yeux.

Je redescends dans le parc, où je trouve de misérables cages grillées remplies d'animaux. Je note au passage un lion assez beau, un ours, deux chats-tigres, une panthère, trois renards, deux hérons, un aigle, un faucon, un hérisson et enfin, dans un hangar à moitié ruiné, un dromadaire. Ce jardin zoologique manqué est désolant, mais cela amuse, parait-il, les quelques promeneurs qui viennent le dimanche dans le parc.

Je saute dans le premier car en partance, car je me souviens qu'il y a des courses de taureaux, et je ne voudrais pour rien manquer ce sport.

La place de Bucarelli est construite en planches et en madriers; elle est située près du Paseo et, par conséquent, très courue, car les Mexicains aiment ce jeu intéressant et ne manquent pas une course. Elles ont été supprimées pendant quelque temps, mais elles refleurissent aujourd'hui.

Je ne décrirai pas la course, rassurez-vous, mais je vous dirai que les gens de ce pays sont très difficiles, plus qu'en Espagne; j'y ai vu renvoyer] au toril des taureaux très acceptables, mais ici c'est tout ou rien. Parmi les picadors, il en est un qui a un costume étrange : il est Espagnol par le bas et Mexicain par le haut, y compris le chapeau. Il est Indien pur sang et fort vaillant, du reste. L'enlèvement des chevaux tués se fait d'une façon originale; deux cavaliers avec le costume traditionnel des vaqueros d'ici entr^pt à

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