‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 39 sur 157 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Bal ; la femme continue ^es emplettes dans le marché, et successivement je vois s'empiler dans un sac de toile qu'elle porte accroché à son cou, pêie-méie, du riz, des oranges, du poisson fumé, de la viande séchée, du pain, des fruits de formes bizarres, de la mercerie, de la pharmacie, de la toile, des rubans, de la cotonnade, achats qu'elle paye religieusement et qui ontfini par gonfler si fort son sac qu'elle le jette sur son dos, où il fait contre-poids à son enfant; ce sac est retenu par des bandes de toile passant sur le front de Tlndienne. Elle a fini et elle se met en marche, courbée littéralement en deux avec cette double charge du nourrisson et des provisions; elle se dirige vers la banlieue, vide d'argent mais suffisamment pourvue pour faire vivre les siens pendant huit jours. Arrivée à l'octroi, elle trouvera un mulet sur lequel elle placera son lourd fardeau, sinon elle continuera à pied

18 octobre. — Aujourd'hui, le Congrès est présenté officiellement au Président de la République. A onze heures, nous sommes réunis chez le ministre de l'instruction publique, notre président.

Le général Porfirio Diaz nous reçoit d'une façon charmante, et sait trouver une phrase aimable pour chacun de nous et particulièrement pour les Français, qu'il aime réellement, parce qu'il a combattu contre eux et qu'il a pu les apprécier.

Quelle simplicité dans cette réception et dans cet accueil ! Pas de déploiement d'étiquette, pas de grands maîtres de cérémonie! Pas de protocole, et pourtant le Président est investi d'un pouvoir exorbitant qui terriGerait les membres de nos Assemblées parle-

mentaires, car il gouverne et règne tout à la fois.

Le soir, le Conseil municipal nous offre un grand banquet dans la cour de THôtel de ville transformée en salon, admirablement décorée de trophées, de fleurs. Repas bon, ce qui est rare, et toasts mauvais, ce qui ne Test pas.

15 octobre. — Le Congrès décidément voyage beaucoup. A sept heures , nous nous réunissons au chemin de fer, et, après nous être donné une fraternelle accolade avec nos collègues que nous n'avions pas vas depuis la veille très tard, nous montons dans les deux vtragons spéciaux qui doivent nous conduire visiter, à San Juan de Téotihuacan, les pyramides du Soleil et de la Lune, dans la ville des Morts.

En sortant de la ville, la voie ferrée côtoie la route qui va à la Guadeloupe, puis tourne à droite et longe la base de collines peu élevées; sur la droite s'étend une immense plaine terminée par le lac de Texcoco» derrière lequel on aperçoit les clochers de la ville, et plus loin, à mesure que le train gagne en vitesse, les volcans éteints du Popocatepelt et de Tlxtacihualt. Nous occupons un vtragon spécial, long compartiment américain d*où la vue embrasse tout le paysage.

Le trajet est court, et nous débarquons sur le quai de la gare : là sont réunis le chef politique de Téotihuacan, le conseil municipal, le chef des ruraux, un général déjà fort âgé, mais couvert de galons, et dans la cour les deux escadrons qui sont sous ses ordres^ avec leurs officiers.

Les ruraux constituent ce qui est chez nous la gendarmerie : ces troupes sont fort habilement organisées

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