CHAPITRE IV
entrons en gare, où sont venus à notre rencontre les amis du député. Des voitures nous emmènent à Park House, pension bourgeoise où nous sont retenus des appartements.
De ma fenêtre, la vue s'étend sur la plaza Major, dont nous occupons le centre sur un des côtés. En face se dresse, au delà d'un délicieux square planté d'arbres rares et de beaux orangers, le palais du gouverneur, grand édifice dont la façade est découpée en pignons à la mode espagnole et agréablement décorée.
Sur la gauche, occupant tout un côté du vaste quadrilatère, la cathédrale, et enfin à droite des magasins et des cafés sous des arcades.
La ville me paraît remarquablement propre, avec de beaux jardins publics, des maisons soigneusement peintes et bien entretenues. Le climat y est splendide; c'est un printemps éternel, et les femmes y sont jolies, ce qui ne gâte rien.
Si le palais du gouvernement offre extérieurement un intéressant spécimen de Tarchitecture mi-mexicaine, mi-ëspagnole, Tintérieur est plus sobre et assez mal meublé. On y remarque cependant une salle du parlement local de Jalisco, qui est une réduction Colas de la Chambre des députés de Paris; elle ne contient que treize sièges de députés, et les tribunes placées derrière une haute colonnade peuvent contenir cent cinquante places pour le public. N'allez pas croire cependant que ce nombre réduit de législateurs se laisse conduire facilement.
Je me suis laissé raconter qu'il surgissait souvent de longues discussions, fort animées, des rappels à l'ordre
et même des emprisonnements dans un petit local, comme celai du Palais-Bourbon.
La cathédrale de Guadalajarra est une vraie merveille, mais Taffluence des dons en argent dont bénéficient ici les églises, en raison même de la séparation de rÉglise et de TÉlat, a tourné la tête aux membres des conseils de fabrique, aux chanoines et aux curés, qui se sont mis à faire, non seulement la guerre à mort à la poussière et à Faction des siècles sur les pierres qui rendent les vieilles églises si attrayantes, mais ils ont dénaturé, abîmé, saccagé un des plus beaux monuments du Mexique, en peignant en blanc éclatant, avec des voûtes bleu criard, tout l'intérieur de leur cathédrale, faisant disparaître la couleur naturelle des assises de pierre et enlevant toute poésie et toute grandeur à ces voûtes élevées. Bien plus, les vandales ont doré Téglise sur tranche et sur toutes les coutures! Desbandesd'or de vingt centimètres de largeur, d'un or bruni vif, montent le long des piliers, courent sur les arêtes, s'enchevêtrent, se mêlent, semblant des lignes de chemin de fer» gâtant Tharmonie des contours, les détruisant et forçant le voyageur tant soit peu amant de lart à s'écrier, en entrant dans le temple : » Quels sauvages ! »
Ils n'ont pas, heureusement, pensé à badigeonner le magnifique tableau qui est dans la sacristie, attribué, avec raison selon moi, à Murillo. C'est encore une Assomption, mais qui porte bien la signature du maître par la manière dont est peinte la Vierge et le groupe d'amours qui l'environne. On distingue des traces de repeints faits à une époque déjà ancienne, mais la 6gure principale est restée intacte, et le tableau, bien que