‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 49 sur 157 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

placé très haut, sans doute pour ôter la tentation d^y faire de nouvelles retouches, est éblouissant de beauté. Il y a aussi dans la sacristie une collection de tapisseries à personnages dans un bel état de conservation.

Près de la cathédrale, dans un petit square planté d'arbres, j*aviâe, sur le mur d'un collège qui en occupe un côté, un bas-relief en broi^ze, fort délicatement ciselé, dû au burin de Marc de Vasselot et élevé à la mémoire du général Galvan, ex-gouverneur de TÉtat, dont le souvenir est perpétué par ce monument, pieusement entretenu par ses fils.

Parmi les édifices de Guadalajarra figure Thospice, nn des plus beaux établissements qui existent au monde, car on y compte plus de trente cours intérieures avec des jardins, des fleurs et des fontaines. Ce n'est pas un hôpital, à proprement parler, mais une maison de retraite pour les pauvres des deux sexes. L'État de Jalisco l'administre, et cela marche admirablement, chose rare en dehors des sociétés privées. Les enfants y sont admis et reçoivent une instruction qui leur permet plus tard de choisir un état; les objets qui s'y manufacturent sont vendus au bénéfice des ouvriers ; tout est conçu pour le bien-être moral et physique des pensionnaires : c'est humanitaire et hautement philanthropique.

A sept heures du soir la place brille de mille feux, lumière électrique, bien entendu ; c'est l'heuredu paseo, et un orchestre militaire donne une sérénade en notre honneur, ce qui a attiré toute la ville; les journaux ayant annoncé notre arrivée avec le député de l'endroit, nous sommes l'objet d'une sympathique curiosité, et

nous en profitons pour mieux dévisager les beautés de la ville, les Tapatias, nom poétique donné aux femmes de Guadalajarra.

Le square est carré, et on se promène tout autour sur deux files, Tune montante, Tautrc descendante; mais, ô spectacle curieux, sur la file de gauche il n'y a que des femmes, et sur celle qui va en sens opposé que des hommes! Naturellement il me vient à Tidée de changer dé file, ne fût-ce que par esprit de contradiction. ^ Ne faîtes pas cela m , me crie mon ami le député, K VOUS seriez mal coté ici. Les femmes seules peuvent se promener sur cette file, et les hommes n'y peuvent aller que pour accompagner une parente. » Je n'insistai pas et continuai ma«promenade. Je croisai de jolies filles, mal habillées, mais vives, gaies, avec de la grâce dans la démarche, et à qui il ne manque qu'un peu d'élégance. Quelques femmes mariées se promènent accompagnées d'un monsieur; rassurez-vous, ce sont leurs maris, car ici encore la vieille coutume espagnole domine, et pour rien au monde on ne changerait l'ordre de choses établi. Au fond, cela prouve que l'homme a su conserver la puissance maritale et que la femme de ces régions n'est qu'une esclave soumise et impuissante; de plus, si elle est par trop jolie, et c'est le cas souvent, le mari la cache; si elle est seulement bien, le mari sort avec elle; si elle est laide, la pauvre femme reste chez elle, le mari ne la promène plus ! La jalousie de ces Mexicains est révoltante. Tout pour eux, rien pour les autres !

Après avoir bien tourné en rond pendant une heure, le député nous emmène diner dans une sorte de taverne

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