‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 51 sur 157 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

riô Lerma/qui coule à travers le village, sur un pont de bateaux assez peu solide, car il nous faut mettre 'pîed à terre. Le chemin est de plus en plus laid; de-ci de-là se dressent des arbres rabougris qui étendent leurs branches décharnées dans toutes les directions ; la route esta peine tracée, et on va à travers la brousse. Un sable aveuglant nous fatigue et le soleil est chaud; enfin, après dix kilomètres, nous entrons dans les limites de I*hacienda, où la végétation est un peu plus fournie*

Une grille en bois tourne devant nous ; la maison se compose d'une grande bâtisse flanquée de longues -ailes; sur la gauche s'élèvent de vastes hangards et, dans le fond, les cases des Indiens, puis de grandes prairies, de vastes pâturages et, à Thorizon, des montagnes élevées.

' L'intérieur du logis est fort confortable, les chambres bien meublées; on sent que le maître de la maison, un jeune marié, a tenu à se donner un bien-être qui puisse compenser un peu ses dures fatigues et sa vie lant soit peu sévère , car n'est pas qui veut capable d'administrer une propriété de vingt mille hectares avec trois mille Indiens. La présence du maître est •nécessaire dans ce pays ; on ne peut se fier à des intendants.

Il y a dans le salon un orgue mécanique monumental qui fait notre bonheur, car, grâce à cet instrument, les soirées nous ont semblé courtes, Lohengrin alternant heureusement avec Orphée aux enfers.

Nos chambres sont commodes et presque luxueuses, et nos lits viennent eu droite ligne du faubourg Saint' Antoine.

9S ONZE UOIS Al' MEXIQUE.

La maitresBe de la maison est k Guadalajarra, fort occupée à préparer ravènement d'un futur propriétaire de l'bacienda de Coumato. " Décidémeul, ce pays manque de femmes n , s'esctame le bouillant 0. B..., h qui l'ardeur de ses vingt-cinq ans ne permet pas de supporter avec la philosophie de nos quarante ans cette privalion douloureuse; je ne lui réponds que ce simple mol : * Apprenez le zapothèquet n

'2'i novembre. — Le village indien qui touche à riiacieuda se compose de huttes en branchages mal assemblés et oîi l'air, la chaleur et la poussière entrent ù volonté : les hommes sont aux champs à l'heure matinale oii je vais m'y promener; il reste k la maison les enfants et les femmes, qui, demi-nues, s'occupent du ménage; l'une, forte brune aux yeux vifs, est en train de bioyer du mais, accroupie par terre et pétrissant avec son dur rouleau de granit les grains qni se trausformentenpâte, oii brillent de petits points dorés; dès qu'elle s'aperçoit que je la regarde, elle ramène un morccuii de pagne sur sa gorge découverte et sur sa figure, puis elle continue son travail mécanique, peuilaul ()iie, près d'elle, jouent ses trois petits, nus comme des marbres de musée; les enfants me regardent d'abord d'un air hébété, et quand ils me voient prendre mm objectif photographique, ils se mettent à hurler et vont se terrer comme une nichée de jeunes lapins duus leur hutte; la femme me regarde avec émoi, puisse lève, abandonne sa tâche et va aussi se cuchi'r. Je les aperçois qui me regardent k travers les parois de leur demeure.

Singulière race! Un peu plus loin, j'entre dans ane

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