CHAPITRE IV
Julian Garces, qui ne vivait que de misérables aumônes» rêva, une nuit, qu'il voyait s'étendre devant lui une plaine très fertile allant jusqu'au pied du Popocatepelt, non loin de la pyramide de Cholula. Il vit deux rivières abondantes couler à travers de vertes prairies plantées de beaux arbres. Deux anges avec d'immenses ailes et munis de chaînes d'arpenteurs semblaient prendre des mesures ; ils traçaient des rues sur le sol et marquaient les emplacements des maisons d'une grande ville.
Réveillé en sursaut, le moine, mû par un pouvoir surnaturel, se leva et se dirigea vers le lieu qu'il avait vu en rêve; là, il construisit un ermitage qui devint plus tard la ville des Anges, Puebla. Cette ville a passé par bien des vicissitudes et a été le théâtre de bien des batailles. Iturbide la prit en 1821 ; en 1847 elle fut occupée par le général Scott, puis vint la lutte contre les Français en 1862. La ville fut reprise par nos troupes en 1863, le 17 mai, et occupée définitivement par le général Porfirio Diaz en 1867.
La cité est bâtie sur un plan régulier et se trouve environnée de forts dont les plus célèbres sont ceux de Loreto et de Guadalupe; dans le fond se dressent les cimes neigeuses des deux grands volcans de la vallée de Mexico, et vers le sud la haute montagne de la Malinche.
Cette ville pourrait s'appeler la ville des Azulejos, car dans toutes les rues il y a nombre de palais, de maisons, d'églises entièrement revêtus de carreaux de vieille et antique faïence vernissée. Il y a des façades remarquables, entre autres celle de la maison occupée
par les magasins de Lions frères, de Barcelonnette, qui ont fait une grosse fortune.
Dans la rue des M ercadëres on voit une maison toute tapisséed'azuléjos, fond rouge avec fleurs bleues. Jusque dans les cours intérieures, on retrouve des revêtements completsdecesvieuxcarreaux qui ont une grande valeur.
Les rues sont larges, bien pavées, et on y rencontre moins d'Indiens qu'à Mexico, partant, plus de propreté. Il n'y a pas plus d'égouts que dans la capitale ; cependant, comme il y a une certaine pente dans les rues et qu'une rivière coule en bas de la ville, on peut dire que la voirie est mieux tenue que dans la capitale.
On rencontre à Puebla de grandes places avec des arbres, des fontaines; les édifices y sont nombreux, les maisons particulières soignées, en un mot on a l'impression d'être dans une ville riche. Le théâtre est convenable et les hôtels passables. La cathédrale est peut-être moins belle que celle de Guadalajarra, mais elle est plus grande, et c'est un des trois plus beaux édifices du Mexique. Il y a surtout un jubé garni de vieilles stalles en marqueterie qui sont étonnamment belles. Le maitre-autel est également digne d'admiration : tout en marbre et onyx, produits qui abondent dans celte région , il ofire un coup d'œil remarquable par la variété et la richesse de ses tons. L'impression de splendeur de cette superbe basilique est malheureusement amoindrie par cette déplorable manie, qui a sévi aussi ici, de badigeonner en blanc et de dorer tout l'intérieur du monument. C'est à la fois clinquant et navrant. Il parait qu'avant cette malen-» contreuse réparation, il y avait sur les murs une patine