CHAPITRE IV
des temps qui faisait la joie des connaisseurs. L'église était sombre avec ses vieux vitraux et donnait à la fois ridée de grandeur et de recueillement. Maintenant c'est ruisselant d*or, et cela fatigue la vue !
A côté et juxtaposée à la cathédrale se dresse une autre église» San Francisco, qui n'a de remarquable que sa haute. tour toute recouverte de carreaux de faïence polychrome. L'ancien couvent qui appartenait à cette église sert d'hôpital militaire. Quand on en construisit la voûte, Tarchitecte eut peur, à cause de sa grande largeur, de démonter l'échafaudage qui la soutenait et laissa ce soin aux moines, qui, n'osant pas le faire non plus, eurent Tidée, pour se débarrasser de cette malencontreuse charpente, d'y mettre le feu. L'opération réussit à merveille, et la voûte reste toujours intacte et résiste aux efforts du temps. Le procédé fut coûteux, mais logique !
Au demeurant, Puebla est une ville élégante, dont les maisons aux briques vernissées brillent au soleil, et où tout rappelle la prospérité antique : jadis centre des manifestations religieuses, ses couvents étaient florissants ; les ruines qui subsistent attestent son ancienne splendeur à jamais disparue.
A onze heures du matin, nous partons, Boulard Poqueville et moi, en voiture pour San Antonio del Puente. Nous devions assister à un matanza de chivos (tuerie de chèvres).
J'avais vu dans le temps la tuerie des porcs à Chi-* cago(l) chez les Armour et C% mais je ne pouvais
{i) De Paris à San Francisco, du même auteur. J vol. iii-18. GalmaDD-Lcyy, éditeur. Paris, 1885.
me figurer assister à un spectacle aussi extraordinaire que celui qui nous était réservé.
Après une heure d'une mauvaise route, la voiture arrive en vue de Tbacienda, située au pied de collines élevées qui se prolongent à Touest jusqu'à la sierra Madré et sur le bord d'une petite rivière délicieuse* ment ombragée qui se nomme TAtoyac.
Une longue suite de murs formant un vaste quadri* latère constitue l'usine à viande et à peaux; aucune ouverture ne donne d'autre accès dans l'enceinte que la vi|8te porte cochère qui se trouve sur le mur de gauche, et qui permet de pénétrer dans cette mystérieuse forteresse.
Sur la gauche, une vision extraordinaire s'offre à mes yeux : une centaine de huttes faites en feuilles de cactus et en branchages abritent une population d'Indiens à peu près nus qui s'agiteut au milieu d'une épaisse fumée de feux allumés pour cuire les tortillas de mais. Dans ce village, qui a l'air vraiment sauvage, se dressent de trois à quatre cents poutres en bois qui dépassent les huttes de trois mètres environ; ces grands pieux sont reliés entre eux par d'autres madriers grossiers qui constituent des sortes de plates-formes aériennes, sur lesquelles sont tendues des cordes auxquelles pendent des objets innomables, indescriptibles, dont la couleur va du rouge vif au violet et au noir carbonisé. On dirait de la viande humaine, on dirait les restes d'une orgie de cannibales : c'est de la viande, en effet, mais de la viande de chèvre qui sèche au soleil; seulement ce ne sont que les détritus, les morceaux qui n'ont pas de valeur, des ossements où adhèrent encore un lambeau