‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 6 sur 157 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tiiion du temps et console ceux que les grands maîtres ne charment pas; la vie coule, interrompue, de-ci de -là, par quelques heures d'intempestifs roulis, pendant lesquelles Tisolement devient une nécessité; on essaye de lutter, on entame la lutte... et on est vaincu : adieu musique, adieu poker, ou plutôt au revoir, car le temps se calme, le roulis cesse, et tout le monde revient à son poste, frais, brillant et rasséréné.

Première escale : Santander, dont l'entrée est vraiment périlleuse pour un navire comme la Normandie» Cependant le pilote espagnol nous guide d'une main sûre, et nous finissons, quoique non sans peine, à nous amarrer sur le corps-mort de la Compagnie. Le chenal est très étroit, mais heureusement il est profond; nous sommes mouillés à environ un mille de la ville, qui nous apparaît dans le lointain, alignant ses maisons uniformes le long d*un vaste quai rendu célèbre par la terrible explosion de dynamite, il y a trois ans.

Des iiuées de petits bateaux viennent s'accrocher aux flancs de la lourde masse, et chercher les passagers qui voudraient aller passer une heure à terre. Il li'y a pas d'amateurs : que faire dans cette ville espagnole? On reste à bord et on se remet avec acharnement à son occupation habituelle, la lecture, le poker ou la position horizontale, c'est-à-dire la douce sieste.

La journée s'est achevée : nous avons embarqué des vivres et des émigrants pour Cuba ! Idée bizarre de ces braves gens, le moment me paraissant mal choisi pour aller coloniser; peut-être dans le nombre y a-t-il une mère qui va essayer de retrouver son entant vivant? •.•*

Le port de la Corogne est pittoresque ; il est bon, sûr et situé dans une magnifique région ; dans une échanerure de Tadmirable et immense bassin où nous sommes ancrés, se trouve le Ferrol, le premier port de guerre d'Espagne.

L'intimité s^est faite abord ; les groupes se forment, quelques flirts s'ébaucbent; la mer est comme une nappe d'huile; nous allons disparaître dans l'ouest pour neuf jours...

Les Açores... amoncellement étrange de sols et de montagnes au plus profond de l'Atlantique, où les mers se creusent sans cesse, où les mauvais temps semblent attirés par les pics qui se perdent dans les nuages; ilôts tourmentés par les vagues, et qui se laissent battre, fustigés par les flots sans se laisser entamer... rocs formidables où vit heureuse et tranquille une population compacte, et qui peut-être un jour, par un de ces cataclysmes dont le mécanisme nous échappe, disparaîtront sous ces eaux qui les ont vus surgir des grands cratères sous-marins^ derniers vestiges peut-être de cette terre de l'Atlantide que les poètes ont chantée !

Nous côtoyons la côte de l'ile San Miguel, dont nous passons si près que l'on peut distinguer les maisons» les grands fonds de ces parages nous permettant le luxe de cette promenade mitoyenne. La mer, qui hier encore se soulevait en grosses lames sourdes, s'est apaisée; le navire ne roule plus, et la nuit qui vient obscurcit l'horizon. Jusqu'à onze heures et demie nous serons en vue de terre

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