‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 7 sur 157 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le soleil est haut dans sa course; des bandes de marsouins nous escortent... quelques poissons volants piquent d*un éclat d'argent le bleu noir de TAtlantique ; nous commençons à voir des sargasses flottant sur Teau, étrange faune tropicale charriée par TOcéan et qui ne change presque jamais de place, soumise qu'elle est à Tinfluence des courants du Gulf-Stream. La chaleur est forte... on signale des chauffeurs indisposés devant leurs brasiers ardents... La vie à bord est monotone, mais elle repose le corps et Tesprit, ne donnant à Tun aucune fatigue et ne pouvant faire travailler l'autre. On se sent abattu moralement; on n'a envie de rien faire; on reste des heures entières à regarder le sillage du vapeur, ou à contempler, assis à l'extrême avant, la vague qui vient moelleusement, en cherchant à deviner la place où l'étrave puissante va la heurter et la diviser, vision rapide et qui se renouvelle sans cesse! Au loin, de tous côtés, l'œil avide cherche quelque chose. Rien que cette ligne d'horizon implacablement infinie qui, à l'heure où le soleil va disparaître, se dore de tons pourpres et bleu clair où le regard se perd si profondément qu'on sent qu'il n'y a plus de limite dans l'espace...

2 octobre. — Le navire compte deux habitants en plus; le premier, un jeune veau qui a fait son entrée, ou mieux, sa sortie à la lumière, ce matin, et le second, un aigle assez grand, qui est venu, épuisé de fatigue, se poser sur la mâture. D'où vient ce volatile? comment se trouve-t-il au milieu de l'Océan? Sans doute, il aura voulu connaître de nouveaux pays, et aura-t-il abandonné un jour le sol natal de la Floride, sa

patrie, suspendu aux cordages d'un Toilier... Le mal du pays se sera emparé de lui, et à regret peut-être il aura quitté Tîlot flottant pour regagner la terre. Depuis combien de temps se soutenait-il au-dessus des flots quand il nous a rencontrés?... Hélas! il ne reverra plus les sombres forêts des tropiques, il ne rentrera plus dans le nid patriarcal : Thomme est cruel... Un matelot est monté dans la mâture ; Toiseau, en le voyant grimper, s*envole, fait fout le tour du tiavire, mais il revient au même endroit... L'homme, qui est descendu, remonte ; il va le prendre, mais encore une fois Taigle prend son vol... Cette fois, il va plus loin, il tournoie de grands cercles... les passagers s'assemblent sur le pont ; on suit dans Tair les zigzags insensés décrits par Toiseau que Ton voit revenir se fixer sur le bout de sapin, d'où, exténué, ne pouvant plus déployer ses vastes ailes dont le mé^ canisme semble manquer d'huile et dont le puissant ressort est détendu, il regarde l'ennemi avec ses deux grands yeux ronds ; quand le matelot l'empoigne, il trouve encore la force de lui donner un gros coup de son bec tors et pointu sur le bras, faisant une légère blessure à son vainqueur qui serre de ses doigts musclés le cou de l'animal et le ramène expirant sur le pont, où la foule se presse pour le contempler. Personne n'a protesté, pas même moi... et pourtant I

Cinq heures du soir. Le soleil va se coucher ; le ciel prend des tons inouïs; le commandant m'envoie chercher et me fait monter sur la passerelle : il m'engage à observer l'horizon ; la nuit d'hier a été mauvaise ; un roulis violent suivi d'un tangage non moins ter-*

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