CHAPITRE IV
haciendas affectées à Télevage des animaux. On ne les tue qu'a, trois ans. A un an, on les répartit au nombre de mille par troupeaux confiés à des bergers nomades, qui en sont responsables et qui partent avec leurs chèvres pour un voyage de deux ans, à travers les montagnes, les faisant paître, emmenant avec eux leurs femmes, enfants, etc., couchant à la belle étoile, vivant de ce qu'ils trouvent, ayant le droit de tuer un certain nombre de chèvres pour s'alimenter, et devant, au bout de ce délai de deux ans, se trouver à une date fixée quelques jours avant par un émissaire envoyé à sa rencontre, sur ce pont où les voici qui vont arriver.
Toutes les chèvres sont blanches, ainsi que les boucs, les animaux de couleur autre étant tués dès leur naissance.
Les taches blanches grossissent sur la pente de la colline, les pauvres bêtes vont joyeuses, gambadant, bondissant de rocher en rocher, franchissant les arbrisseaux sans penser au sort qui les attend. Les voici sur le pont : le berger, sauvage indien, nu jambe, la figure brâlée par le soleil, le fusil en bandoulière sur le dos, marche en ièiey sifflant ses bêtes qui le suivent, dociles, mais Tair un peu surpris, à ce qu'il me semble. Le troupeau est passé ; je le suis : on pousse les chèvres, on les bouscule dans la porte d'entrée ouverte à deux battants; des bêlements prolongés indiquent qu'il commence à y avoir parmi la gent cornue un certain émoi : on les parque dans un corral clos de murs élevés; des flaques de sang souillent un sol noirâtre d'oii montent des buées encore tièdes que les bêtes se mettent à renifler avec terreur.
Nous les abandonnons à leur légitime émotion et BOUS rentrons diner. On doit nous réveiller à deux heures et demie du matin, car le travail commence à trois heures pour se poursuivre sans interruption et se terminer à deux heures de l'après-midi.
Avant de me coucher, je jette encore un coup d'œil sur Tétrange village : de nombreux feus^^ont allumés, piquant la brume qui s'est levée ; tout le monde dort, les uns en plein air près du feu, drapés dans leur couverture, les autres sous les huttes. Quelques chiens aboient dans la nuit... on dirait la veillée des armes ou de quelque monstrueuse cérémonie.
.....Au ciel brillent les étoiles jusqu'au moment où la brume, qui continue son mouvement ascensionnel, vient les annihiler de son voile sombre.
Nous sommes réveillés en sursaut par des chants retentissants, mais empreints d'une monotonie sauvage, qui éclatent dans le silence nocturne. Je me mets à ma fenêtre; la lune a dissipé le brouillard, et à sa pâle clarté j'aperçois une troupe d'hommes en colonne par quatre, presque nus, sans chapeau, portant à la main, la pointe en l'air à hauteur de l'épaule, un énorme couteau qui scintille ; ils défilent devant moi en chantant et se dirigent vers le mausolée où sont allumés des cierges.
Là ils se mettent à genoux, le bras toujours levé avec le couteau en l'air (1), et, après avoir entonné un cantique religieux, ils se relèvent et de toutes leurs forces poussent les cris suivants : a Viva, viva, viva
(1) Il leur est défendu de porter le couteau autrement, pour ne pas se blesser ou causer des accidcots.