‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 66 sur 157 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La station du chemin de fer interocéanique à Vera Cruz est plutôt primitive; par surcroît d^ennuis, il n*y a pas de voiture ; il est midi et demi, la chaleur est intense et insoutenable. Ce changement de température est brusque, car à Mexico il faisait froid lors de mon départ; c'est là une des principales causes des maladies qui se développent très vite ici, comme les bronchites, les pneumonies et les accidents du cœur.

Je suis obligé de faire à pied le chemin de Thôtel, suivi d'un mozo qui porte ma malle; je trouve heureusement à rhôtel de Mexico, tenu par un Français, M. Perrier, un refuge contre la poussière et un réconfortant pour mon estomac, car la cuisine y est française.

Vera Cruz est ce qu'on peut appeler une jolie petite ville, avec ses rues naturellement à angle droit et ses maisons, hautes généralement de deux étages, qui semblent propres et fraîches.

Il n'existe pas, dans cette ville de 30,000 habitants, une seule voiture! Ceci mérite une explication, car Vera Cruz est construite sur un terrain complètement plat. Il n'y a pas d'égouts, et, afin de faciliter l'écoulement des eaux, on a ménagé des rigoles au centre de la rue parallèlement au trottoir; il n'y a donc pas moyen de faire circuler un véhicule autre que des chariots à marchandises sans ressorts qui s'y aventurent en courant parfois le danger de se rompre. Il y a cependant deux tramways qui font le tour de la ville.

Les rues sont propres, et cela grâce à un genre de balayeurs inconnus en Europe.

Constantinople a ses chiens, qui se chargent de dé-

barrasser la voirie de toales les immondices ménagères ou autres; ici, ce sont les zapilotes, sortes d'énormes corbeaux, très haut perchés sur leurs pattes et armés d'un long bec large et crochu, qui travaillent assidûment à ne pas laisser un insecte, ni une mouche, ni un microbe dans les rues et ruisseaux. A certaines heures, ces oiseaux sont légions, et il est d'ailleurs défendu de les tuer. On peut s'approcher d'eux jusqu'à les toucher, tant ils sont familiers avec l'homme, et le spectacle devient curieux à l'heure où passent les charrettes qui viennent prendre les ordures ménagères à domicile. Une nuée de zapilotes se tiennent sur les toits des maisons, et dès que la cloche signale l'arrivée du véhicule, ils quittent leur place et viennent se poser dans la rue, rangés sur le trottoir. A mesure que les riverains vident leurs seaux dans le baquet, les oiseaux se précipitent sur les détritus, et en unclind'œil, le cheval, la charrette, tout disparait sous la volée des zapilotes. Le conducteur lui-même a toutes les peines du monde à se débarrasser de cet encombrant volatile, qui vajusqu'à se percher jusque sur son chapeau pointu. Quand le cheval se met en marche, les oiseaux s'envolent , mais ils suivent la voiture jusqu'au prochain arrêt, où la même scène se renouvelle.

On comprend que, grâce à ces agents surnuméraires, l'administration puisse tenir la ville en un excel* lent état de propreté ; aussi Vera Cruz est-elle moins malsaine qu'on le croit ; elle subit le sort commun des villes qui manquent d'eau potable et d'égouts, mais au fond, si l'on se conforme à des règles strictes d'hygiène.

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