CHAPITRE V
on peut se défendre. Le vent du nord, qui souffle avec une fréquence désolante au point de vue du commerce du port, assainit la ville de temps à autre.
Le port est indigne de ce pays : grâce à Tincurie du gouvernement, on le laisse s'ensabler d'une façon désolante; cependant on commence, parait-il, à s'émouvoir, et une énorme drague va être mise en action. A rheure actuelle, les navires calant sept mètres quatrevingt-dix arrivent dans le port, mais à partir de huit mètres c'est impossible, et les steamers comme lai\^ortnandie et la Navarre ont toutes les peines du monde pour y entrer et en sorlir.
Si les voitures sont inconnues à Vera Cruz, il n'en est pas de même des moustiques : ces faibles insectes sont aussi nombreux que les zapilotes, ils sont légion : quand le vent du nord arrive» on ne les voit plus, mais pendant mon séjour le sud n'a pas cessé de souffler.
Le monument le plus intéressant de Vera Cruz est le fort de Saint-Jean d'Llloa, mais c'est une prison, et je n'ai jamais éprouvé grande curiosité à voir des malheureux qui ont voulu réparer les injustices du sort en employant des moyens violents. L'extérieur m'a suffi.
7 décembre, — Je viens d'assister à une représentation au théâtre de Vera Cruz : le théâtre est plein, le public mélangé. A ma profonde stupéfaction, je remarque aux fauteuils, à côté de dames assez bien habillées, quelques messieurs en chemise : à trois fauteuils du mien, il y a un commerçant d'ici, avec sa femme et ses enfants, vêtu de la façon suivante : pantalon gris, chaussures vernies, chemise blanche, plastron très bien empesé, col rabattu avec deux boutons
en brillants, sans cravate et... c'est tout; ah! j'oubliais le chapeau en feutre noir! J'ai compté à l'orchestre onze personnes ainsi... déshabillées. Il parait que c'est la coutume. La chaleur... toujours l'atroce chaleur! A Vera Cruz, on vit en manches de chemise; dans les magasins, les cafés, cette tenue est générale : dans la rue, le matin, vous rencontrez des notables habitants qui vont ainsi prendre l'apéritif. Mon aimable hôte, le chancelier du consulat, M. H***, m'a engagé à en faire autant. J'ai suivi son conseil, et j'ai constaté que personne dans la rue n'a fait attention à moi. Personnellement je n'ai eu qu'à me louer de cette mode, car il fait bien chaud dans cette cité aux clochers blancs !
8 décembre, — Je suis à Orizaba depuis hier soir : cette ville rappelle à mon cœur de patriote les beaax faits d'armes de nos troupes pendant la campagne de 1867, entre autres l'héroïsme du régiment français qui se couvrit de gloire, la nuit du 13 juillet. Je revoyais, dans mon esprit, nos vaillants soldats, après de ierribles marches dans ces régions paludéennes, marécageuses, fiévreuses, gravissant les collines, escaladant les défilés pour arriver exténués en présence d'un ennemi supérieur en nombre, ayant l'énergie de le combattre et la gloire de le vaincre. Honneur aux soldats de la France qui dorment leur dernier sommeil dans la riante et fertile vallée d'Orizaba!
Je retrouve ici les mêmes maisons et la même disposition de rues qu'à Jalapa, sauf qu'ici elles sont droites. Les toits forment des abris tout le long des trottoirs; à travers les portes de belles maisons qui n'ont qu'un étage, j'entrevois de grands patios bien