‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 76 sur 157 · CHAPITRE Vï. 14S · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vï. 14S

Quand Maximilicn apprit que Tennemi était maitre de la place sans avoir tiré un coup de fusil, il comprit que c'en était fait. Au même moment le général Mi ramon était fait prisonnier, grâce à Fefifroyable sang-froid d'un de ses compatriotes : on ne peut que se lamenter de penser qu'il existe de pareils monstres !

Le dernier jour, Miramon fut blessé à la joue par une balle ; il alla de suite chez un habile chirurgien qui demeurait aux confins de la ville; celui-ci, saisi d'une horrible idée, sut persuader au général que la balle, au lieu de lui avoir perforé la joue, était allée se loger sous le maxillaire gauche, et il détermina le général, qui avait espéré qu'un simple pansement suffirait, à se laisser opérer. Le chirurgien chargea un de ses domestiques d'aller prévenir le général Escobedo que Miramon était chez lui et qu'il le retiendrait jusqu'à ce qu'on vienne le prendre; puis il eut le triste et horrible courage de sonder et d'élargir la blessure du pauvre martyr, lui faisant croire qu'il allait extirper un projectile qui n'y était pas. Il put le garder vingt-quatre heures; au bout de ce laps de temps, l'ennemi élçiit dan9 la place et Miramon prisonnier!

Maximilien, à cette nouvelle, n'hésita plus, et, suivi de tout son état- major, il sortit de Queretaro et se dirigea vers la colonne du général Corona qui marchait sur la ville. Arrivé devant le général, l'Empereur le salua courtoisement — salut qui fut rendu aussitôt — et lui dit : « Général, je ne suis plus votre Empereur ! — Vous êtes le prisonnier de la République» , répliqua Corona. Maximilien fut conduit au général Escobedo, à qui il rendit son épée. Elle fut envoyée de suite à

Juarez, qui se trouvait à San Luis Potosi. Le premier soin de Tinfortuné monarque fut de demander la vie sauve, non pour lui, mais pour ses soldats «t ses officiera. Belle et généreuse idée d^un prince oublieux de sa propre infortune pour ne penser qu'à ceux qui l'avaient tant aimé ! L'entrevue eut lieu sous la tente même de Maximilien, au cerrodelas Campanas, etdelà l'Empereur fut conduit et emprisonné au couvent des Capucins. Mendez fut fusillé quelques jours après; Arellano put s'échapper, et Miramon et Mejia partagèrent la captivité de leur chef.

lu conseil de guerre se réunit au théâtre Iturbide le 14 juin, et le 15, à dix heures du soir, les trois prisonniers étaient condamnés à mort.

La princesse de Salm-Salm fit cent soixante milles à cheval pour aller à San Luis implorer la clémence de Juarez, mais tout fut inutile.

Le 19 juin 1867, avant sept heures du matin, par une matinée claire et ensoleillée, ces trois hommes, victimes de l'aveuglement d'un parti triomphant, et derniers soutiens d'une cause sans lendemain, arrivaient au cerro de las Campanas, et là, calmes, souriants, semblant regarder plus haut que la terre, ils devisaient en souhaitant à leur patrie une destinée de bonheur et de prospérité !

Placés à six pas les uns des autres, la première décharge les atteignit en plein corps. Miramon et Mejia étaient morts sur le coup, mais il fallut une deuxième décharge pour achever le malheureux prince. Le corps fut transporté au couvent des Capucins et plus tard transféré en Autriche.

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