‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 78 sur 157 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

mètres plus loin, où il y a un petit pont, quel pa« nache !

Léon, où j'arrive avec deux heures de retard, e^t une agréable ville ; peuplée de cent mille habitants, elle est située dans une vallée fertile sur les bords d'une r|vière appelée rio Turbio. On y trouve quantité d'arbre^ fruitier, de bananiers, de grands frênes dont Tombrage est charmant : on y jouit d'un climat sain et ten^péré; ce qui domine, c'est le mouvement industriel, car on y fabrique des tissus de laine, de coton, des chapeaux, des souliers, des articles de sellerie, de la ferropnerie, de la coutellerie, des câbles en fer et une foule 4'autrcs articles. La ville est très animée, les transactions commerciales très suivies, mais la ville n'a aucun caractère d'originalité avec ses rues droites et identiques ! On y compte cinq cents rues, huit mille maisons et douze places.

N'ayant pu y découvrir ni une antiquité, ni même une curiosité, je suis resté peu de temps et je suis allé à Zacatecas, qui est à quelques heures de chemin de fer.

Avant d'y arriver, nous avons escaladé de hautes montagnes, la voie contournant de hautes barrancas, et nous nous sommes élevés à 2,463 mètres au-dessus du niveau de la mer ; nous avons rencontré des mines d'argent en exploitation, roulé sur des ponts hardis, pénétré dans des tunnels, franchi des ravins à pic, et nous voilà enfin à la station, d'où on ne voit pas la ville, cachée au fond d'un creux, derrière une montagne appelée la Bufa. On monte dans un tramway, et quand on arrive au-dessus de la ville, on jouit d'un beau panorama. Les

cars.soDt trainés par de petites mules quand on monte; à la descente, on place les harnais sur la plafe-forme et le car roule seul, les mules suivant par derrière aa petit trot.

Zacatecas renferme deux parcs qui seraient des petits bijoux si on les entretenait, mais ils sont horriblement mal soignés : c'est la seule chose à voir dans cette cité, qui est surtout minière; il y a ici une dizaine de mines très riches qui sont entre les mains d^un petit nombre de gros capitalistes. C'est à ce propos qu'on peut se rendre compte de la puissance de Tar^gent et qu'on peut juger quel fossé est creusé entre le capital et le travail.

L'argent est roi, et on abaisse, on ravale autant qu'il est possible le prolétaire et l'ouvrier. L'Indien qui représente ces classes sociales est une vraie bête de somme. Si le fanatisme catholique, qui fut la base et le moyen par lesquels les Espagnols établirent leur domination, n'avait pas conservé sa vitalité, la situation de la race blanche serait critique. L'Indien supporte Tadversité, il ploie sous le joug, mais il est fataliste ; il se soumet aux volontés du Dieu qu'il adore, du Christ, puisqu'on lui a enseigné qu'il s'appelait ainsi : il vénère en somme une divinité, et peut-être bien que dans son for intérieur l'image du Christ ne lui représenté que le Dieu de ses pères sous une autre forme. On raconte même qu'un jour, dans un petit village, le prêtre découvrit, caché dans son église sous le maitre-autel, une grossière idole cachée par les Indiens, sans doute, qui venaient en masse dans le temple adorer ce vestige dupasse, tout en paraissant vénérer les saintes images.

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