CHAPITRE VI
L'Indien obéit, est soumis, mais il est sage de le laisser dans son état demi-sauvage et de ne pas chercher à l'instruire, ni à Témanciper. C'est d*ailleurs ce que fait le gouvernement, qui laisse aux grands propriétaires des droits auprès desquels ceux que pouvaient avoir les grands seigneurs de la féodalité ne sont rien. En revanche, l'Indien est bien payé, ce qui excuse la sorte de sauvagerie dans laquelle il vit : il n'a pas de besoin, pas d'ambition, et pourvu qu'on lui donne un jour de repos par semaine et qu'on le paye avec régularité, il travaille sans se plaindre jamais. Eh général, il est triste, il rit rarement ; il connaît la valeur de l'argent et malheureusement est joueur et buveur. Il parle un langage que le maître ne comprend pas, et Dieu seul sait les sentiments qui s'agitent dans ces pauvres cerveaux.
Les mineurs de Zacatecas sont bien payés, bien nourris; l'argent qu'ils extraient s'amasse chez les actionnaires, à qui nous ne pourrions en vouloir, car ils viennent dépenser chez nous cet argent laborieusement mis au jour : le voyage à Paris rentre en efifet dans les habitudes acquises, et Paris profite du métal extrait de la Valenciana, du Realdel Monte, etc.
Aguas Calientes, — Je débarque de nuit à Aguas Calientes, ville de quarante mille habitants située à la bifurcation de la ligne qui va à Tampico. Le nom indique qu'il y a de l'eau chaude en abondance, mais malgré cette ressource précieuse, les habitants ne m'ont pas paru plus propres qu'ailleurs. De nombreuses sources d'eau bouillante jaillissent à deux kilomètres de la station et vont se déverser de tous
côtés, traversant une partie de la ville et permettant à la classe ouvrière de profiter de ses bienfaits... Tout le long de la route ce ne sont que femmes, enfants se baignant, lavandières nombreuses qui tapent à tour de bras sur le linge et le font sécher ensuite par terre oa sur des cordes tendues à travers des quantités de beaux arbres qui donnent de frais ombrages. Toutes les avenues où passent des courants de cette eau sont pleines de monde : c'est un vrai lavoir public, et c'est en même temps une baignoire économique ; on en use largement, et la pudeur ne se choque pas de voir la nature faire les frais du costume. On y est tellement habitué que Ton nes'ofi*usque plus.
On trouve aussi des momies dans la ville, qui est loin de la station, mais elles sont moins bien conservées; quand j'aurai dit qu'il y a Téternelle place carrée avec son kiosque à musique, son palais du gouverneur et son ayuntamiento, j'aurai tout dit : d'ailleurs la monotonie est à l'ordre du jour dans ces pays : qui a vu une ville en a vu cinquante ; les maisons, les églises, les rues, tout en un mot se ressemble, et la poussière est tout le long, le long du chemin. Aussi passerai-je rapidement sur San LuisPotosi, qui s'étend dans une plaine au milieu de beaux jardins et de mines très riches; son conseil municipal a l'air de s'en occuper, car, au point de vue de la propreté, il n'y a rien à dire; la bibliothèque est imposante, les femmes y sont belles
et les hommes laids. J'y ai visité une école primaire
cela m'a paru un peu primitif encore, mais le pays est lancé et en voie de progrès. On a même déjà beaucoup fait. Le Mexicain qui veut s'instruire arrive rapide-