CHAPITRE VI
de cannes à sucre, qui semblent des étangs et des horizons de hautes montagnes pelées et rocheuses; la route pierreuse devient cahoteuse; pendant trois heures et demie nous descendons des côtes vertigineuses; le cocher a la main sûre et le pied judicieux, car c^est avec ce membre qu'il serre le sabot, et il a fort à faire. Toutes les vingt minutes il change le morceau de bois usé qui frotte sur les roues; enfin, à deux heures et demie nous sommes à Cuernavaca. Le nom bizarre de cette ville vient du mot indien Quanhuahuac tt lieu où Taigle se pose » , dont les Espagnols ont fait Cuernavaca, corne de vache, ce qui ne veut rien dire, tandis que Ton s'explique la première dénomination : lieu où Taigle, fatigué de ses courses folles à travers ces montagnes pelées, rocheuses, est venu se reposer. Il faut dire aussi que Cuernavaca est une oasis de verdure, avec ses réservoirs d'eau, ses arbres et ses ombrages. Je comprends l'aigle! On y trouve un ancien palais de Cortez, où le vieux conquérant passa les dernières années de sa vie. — Lui aussi fut un aigle qui vint se reposer là. — Près de là se trouvent les délicieux jardins où la fantaisie d'un riche mineur, Joseph de la Borda, put laisser travailler son imagination. Il fit creuser des bassins, élever des fontaines, établir des jeux d'eau extraordinaires; on se figure qu'on est transporté dans les jardins d'un palais italien, avec ses cascades, ses terrasses suspendues, ses orangers, ses fleurs, ses parterres d*eau ; malheureusement tout cela tombe en ruine. Il y dépensa, dit-on, un million de pesos.
L'empereur Maximilien et l'impératrice Charlotte, *
raffolaient de cet endroit et venaient s^y reposer pendant quelques semaines.
En dehors de cette curiosité, la cathédrale est à voir avec son immense cour plantée, où se trouvent le cimetière et différentes églises séparées; c'est un groupement de tombeaux et de chapelles avec des styles diffé^ rents. A la porte de notre hôtel nous attend une Victoria attelée de cinq mules, pour nous emmener à Thaciends de Themisto, où nous devons passer la nuit.
Nous nous empilons dans la voiture, et en route! Si le chemin de Très Marias à Cuernavaca est difficile, celui qui nous mène à Thacienda est impossible, car je ne puis décrire les secousses, les heurts qu'eut à subir la Victoria pendant vingt kilomètres, descendant des escaliers taillés dans le roc, franchissant des torrents, en équilibre sur des grosses pierres, et nous forçaDt à nous tenir mutuellement par les bras et par les mains, pour ne pas être projetés hors de la voiture. Mon premier soin à l'arrivée fut de faire des compliments au propriétaire sur les ressorts de cette invrai* semblable Victoria.
Reçus à merveille, on nous installe dans de fort belles chambres, et, après avoir secoué la poussière de> la route, nous suivons notre hôte. Espagnol d'origine, et riche comme tout propriétaire de grosse hacienda, qui nous fait visiter son usine à sucre. La fabrique est très importante et rapporte environ 400,000 francs nets par an. Elle possède quinze lieues de terrain dont un huitième seulement est en exploitation.
La vie à Thacienda, comme partout ailleurs, est très patriarcale : le maître de la maison préside Ja