CHAPITRE VII
nous ne recueillons que des renseignements contradictoires et où on me dit : Revenez ^ manana » • Cette formule est agaçante au possible. Il y a encore là quelques lacunes à combler, et je me permets de les signaler à H. le ministre des travaux publics, le général Mena, qui veut bien m'honorer de son amitié. Réformateur hardi, le général vient de passer six ans en Europe en mission d^études, et son premier acte à son retour a été de chambarder (1) complètement la direction générale des postes, où de nombreux abus se commettaient. Voilà du bon nettoyage! Nous étions allés avec H*** flâner sur le môle, dégoûtés de ne rien savoir, quand, en arpentant le quai, j'aperçois au loin, sur la mer immense et calme où se dorait un soleil brûlant, un petit nuage noir qui montait; on aurait dit une tache d'encre.
— C'est le Nord, enfin! s'écrie le chancelier; puis se reprenant : Je vous demande pardon de mon exclamation joyeuse, mais cela va nous donner un peu de fraîcheur; quant à vous, c'est autre chose, et je crains, tout en l'espérant pour moi, que votre voyage ne soit reculé aux calendes mexicaines !
— Comment ! ce petit nuage, c'est le Nord?
— Asseyez-vous près de moi sur cette embarcation et attendons; avant une heure vous verrez un joli remue-ménage.
La rade est très animée du va-et-vient des chalands et des remorqueurs, occupés au déchargement de huit
(f ) Je fais toutes mes excuses aux lecteurs pour ce mot trivial, mais je ne peux en trouver de plus expressif, ni de plus vrai. (Note de l'auteur.) ^
grands navires en rade; des quantités de petits bateaux sillonnent la mer; Tair est très calme, quand subitement un léger souffle de vent du nord vient rabattre la fumée des cheminées vers le sud; les pavillons se développent sous la brise, et en moins d'un instant toutes les embarcations viennent accoster au quai, d'où on les hisse au moyen de palans, et on les traîne sur le quai à Tabri ; les vapeurs vont conduire les chalands sous le fort de Saint-Jean d'Ulloa, où ils n'ont rien à craindre; le vent se dessine, un clapotis ride la surface de Teau, puis un voile gris se lève au nord et, en vingt minutes, un vent d'une violence terrible se met à soulever de grosses lames ; bientôt la mer passe par-dessus le môle; les grands vapeurs, qui ont triplé leur ancrage, se soulèvent pesamment sur leurs chaînes teodoes; une drague à vapeur qui travaille à cent mètres de terre n'a pas le temps de mouiller toutes ses ancres et est jetée à la côte, sous leffort de cette brutalité mugissante. Les vagues sont fortes, hautes, menaçantes, le temps s'est couvert; de gros embruns viennent nous mouiller, le spectacle est de toute beauté; mais mon voyage?... Le port est fermé.
Je rentre à Thôtel et je tire de nouveaux plans. Il parait qu'on peut aller en chemin de fer à Alvarado, de là remonter le fleuve jusqu'à Tlacotalpam, puis huit heures de bateau à vapeur, et du point où on débarque, à cheval jusqu'à Jaltipam, village situé sur le chemin de fer de l'isthme de Tehuantepec.
C'est décidé, je vais partir par cette voie. A deux lieures je vais encore flâner sur le quai et contempler les éléments toujours déchaînés, quand je vois entrer