CHAPITRE VII
'daos le port un joli cargo-boat peint en gris qui lutte Taillamment eontre^ les vagues et vient s'amarrer sur un corps-mort.
-T— C'est la Jamaîca, fait une voix à côté de moi. C'est mon bateau, cela renverse tous mes projets, et je cours à Faïence.
— Si le nord tombe, me dit-on, il partira manana*
Cette fois cette expression me fait plaisir. J'adresse mentalemeui une supplique à la patronne des choses impossibles, très vénérée en Espagne, Santa Rita, et le lendemain à la première heure je descends tout anxieux vers le môle. miracle, ô surprise! lèvent souffle du sud, la mer s'est apaisée; aussi, à quatre heures, la Jamaïca lève Tancre, ayant à son bord dixsept passagers, dont un Américaniste qui, grâce à sa qualité de savant, avait obtenu une des deux cabines disponibles à bord.
Lie vapeur, de six cents tonneaux, est vigoureux et trapu; il appartient à la {Fârrc^-Zm^ américaine, mais c'est un navire de construction norvégienne, et tout 'l'équipage, y compris le capitaine, appartient à cette sympathique nationalité. Heureusement, ce dernier parle un peu d'anglais. La nourriture est bonne, chose curieuse, et ma cabine est fort convenable : mais ce farouche vent du nord, calmé si à propos, a laissé à la mer] un mouvement accentué qui donne à la Jamaica des inclinaisons chorégraphiques navrantes. Nous passons du roulis au tangage avec un brio à faire mourir de dépit la Mauri elle-même. Je lutte contre le mal de mer, et de la lutte je sors vainqueur. La nuit est bonne, et à mon réveil, me croyant sur le
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point d'entrer dans le port de Coatzacoalcos» je monte sur le pont. Un brouillard inimaginable enveloppe le vapeur, on ne voit pas à deux mètres. Nous avons stoppé par prudence, le capitaine n'osant pas bouger, et nous voilà jusqu'à dix heures immobiles sur cette mer qui ne Test pas, car elle a conservé un mouvement ondulatoire plus que désagréable.
Enfin, la brume se lève et nous apercevons, juste par le travers, à deux milles environ, l'entrée da Coatzacoalcos , magnifique fleuve dont l'entrée est facile à reconnaître, car elle est bordée d'épaves de navires à vapeur ou à voiles, les uns encore entiers, les autres en lambeaux. C'est un des points les plus dangereux de la côte du golfe du Mexique; l'entrée est très périlleuse, et avec le vent du nord» malheur au navire qui se trouve dans ces parages : il est jeté à la côte et y laisse sa carène!
Le pilote vient à bord et nous dirige habilement sur la barre, qui est assez forte; nous nous amarrons à un appontement, à six cents mètres sur la rive gauche du fleuve, qui est très profond, ce qui permet au na* vire d'accoster au rivage même.
Le village de Coatzacoalcos se compose d'une cen* taine de maisons en planches pittoresquement gron*' pées sur un petit mamelon qui domine le fleuve.
Sur la gauche, la station du chemin de fer inter^ océanique. J'ai devant les yeux un spectacle admirable; le cours d'eau, avec ses rives boisées d'où surgissent de hauts cocotiers, s'étale devant moi à perte de vue sur une largeur imposante et parsemé d'îles couvertes de luxuriantes végétations. Il a plus de cinq cents mètres