‹ Onze mois au Mexique et au Centre-AmériqueChapitre 87 sur 157 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Ae large par endroits et roule des eaux limpides ; en face du village, sur l'autre rive, se dressent des collines couvertes de sombres forêts et, sur les bords de Teau, sont des huttes habitées par des Indiens que je vois arriver, traversant le fleuve, sur des canoès creusés dans des troncs d'arbres, embarcations longues et étroites, manœuvrées à la pagaie, et qu'ils mènent très habilement à travers le courant, le moindre mouvement pouvant les faire chavirer. Ils viennent s'approvisionner à Coatzacoalcos, et il est curieux de voir la quantité de ces canoës, qui abondent de tous côtés, montés généralement par deux hommes qui pagaient, la femme et les enfants couchés au fond avec les marchandises.

Le temps est ravissant; je vais dès mon arrivée voir le chef de la douane maritime, qui me reçoitfort aimablement et m'autorise à déposer mes bagages chez lui. Je vais chercher une chambre à l'hôtel Montesino, maison en bois plus que simple où je ferai ample connaissance ce soir avec les lits de l'isthme, c'est-à-dire un cadre en bois sur deux pieds en X et une simple toile forte tendue. On vous donne en plus deux draps et un oreiller. Le matelas et le sommier n'existent pas dans ces régions. On se fait vite à ce coucher primitif, qui est sain, et on finit par y dormir à merveille.

A quatre heures, le chef de la douane fait armer son canot, et nous voilà partis à la voile sur cet immense fleuve. Nous contournons des îles boisées, nous croisons de grandes nappes d'eau qui viennent de l'intérieur et qui ne sont que des bras du Coatzacoalcos; un vent du sud frais gonfle notre voilure, et nous passons trois heures délicieuses, admirant la frondaison étonnante des

rivages, quaad, en un rien de temps, le veut tombe et se trouve remplaeé par un ouragan du nord qui repique de plus belle. Nous prenons deux r&, et, pendant plus de deux heures, il nous a fallu lutter vent debout pour rentrer au village. La tempête s^accentue, la maison où je couche est secouée d'une façon vio^ lente, la pluie arrive à torrents, s'introduisant jusque dans mon lit, les portes sont secouées, les contrevenu des fenêtres volent en éclats, et je suis forcé de passer ma nuit habillé, assis sur une chaise, sans lumière et dans un coin de ma chambre, où je trouve un faible abri contre Taquilon furieux. A six heures du matin, cela continue, et il me faut cependant me décider à aller à la gare, le train partant à sept heures. Je garderai certainement le souvenir de ma première nuit dans Tisthme de Tehuantepec. Enfin quand le train se met en marche, la tempête se calme; je suis donc venu à Coatzacoalcos entre deux » Nord » qui m'ont fait une véritable politesse.

L'Ithsme de Tehuantepec est une des parties les plus étroites des Amériques, après Panama, bien entendu, car sa largeur n'atteint pas trois cents kilomètres. Depuis longtemps on avait eu Tidée de faire un che-* min de fer, mais les premières entreprises avaient échoué, bien qu'il n'y eût pas de difficultés sérieuses. Le canal était impossible, le seuil le plus élevé étant à deux cent dix mètres ; aussi un Américain, mort aujourd'hui et à qui sou pays doit les admirables tra* vaux de canalisation du Mississipi à son embouchure, le colonel Ëads, avait-il conçu le projet intéressant, mais audacieux, de construire une quadruple voie ferrée.

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